Nuñez a évoqué vendredi l’éventualité de réautoriser les grenades assourdissantes en cas de violences urbaines graves. Leur utilisation a été suspendue après qu’un lycéen a eu la main arrachée à Lens.
Macron pourrait réussir l’exploit de réunir ceux qui râlent à la pompe et ceux qui n’ont jamais fait le plein.
Notre cher gouvernement s’apprête à vivre un samedi agité. Huit ans après leur apparition sur les ronds-points, les Gilets jaunes appellent à manifester ce 17 octobre 2026. Cette fois, ils pourraient retrouver à leurs côtés des lycéens, des étudiants, des syndicats et plusieurs organisations politiques.
Des centaines d’actions sont annoncées dans toute la France. Mais entre les appels sur les réseaux sociaux et les manifestants réellement présents, quelle ampleur peut prendre cette journée ?
Plus de 1 300 actions annoncées, le ministère de l’Intérieur beaucoup moins enthousiaste
Les chiffres donnent déjà le ton. Une carte collaborative consacrée à la mobilisation du 17 octobre recense plus de 1 300 actions, dont plus de 600 manifestations. Vendredi matin, sur France 2, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez présentait une estimation nettement inférieure : 250 actions et 80 manifestations attendues.
Deux comptages qui ne mesurent pas nécessairement la même chose. La carte recense des initiatives proposées par des participants, sans garantir leur tenue effective. Les autorités, elles, s’appuient sur leurs propres renseignements.
La véritable mesure de cette colère viendra donc des rues, et non des publications TikTok
Le Média en 4-4-2 avait annoncé dès le 10 septembre l’appel à ressortir les Gilets jaunes. À l’époque, quelques vidéos circulaient, sans véritable coordination nationale identifiable. Un mois plus tard, l’initiative a pris une dimension autrement sérieuse.
Gilets jaunes et lycéens : la rencontre de deux colères
Le carburant trop cher, les factures d’énergie, les courses alimentaires et les fins de mois difficiles constituent le socle de la mobilisation. Des revendications que les Gilets jaunes connaissent par cœur depuis 2018.
Cette fois, les lycéens arrivent avec leurs propres griefs : manque d’enseignants, établissements dégradés, conditions d’études et contestation de Parcoursup.
Depuis plusieurs semaines, les manifestations lycéennes secouent le pays. Le 13 octobre, le ministère de l’Intérieur comptabilisait 161 500 manifestants, contre 480 000 annoncés par les organisations étudiantes.
La rencontre entre ces mouvements ne fait pourtant pas l’unanimité. Les parcours politiques de certains porte-parole lycéens ont déjà suscité des interrogations sur les tentatives de récupération.
Pour Emmanuel Macron, le tableau devient inconfortable : des automobilistes mécontents de leur plein d’essence pourraient manifester aux côtés de jeunes qui n’ont pas encore le permis.
Syndicats et partis politiques entrent dans la danse
La CGT, Solidaires, la Confédération paysanne et plusieurs organisations étudiantes ont annoncé leur participation. La France insoumise et le Parti communiste français soutiennent également cette journée.
Vendredi, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, estimait que cette mobilisation “montre l’ampleur de la colère” dans le pays. Elle appelait notamment à prendre l’argent “dans les poches des milliardaires, des rentiers, des plus grandes entreprises”.
Une convergence qui pourrait donner du poids au mouvement, même si les différentes organisations ne partagent pas nécessairement les mêmes objectifs.
Où sont prévues les manifestations du 17 octobre ?
Paris, Lyon, Nantes, Rennes, Grenoble ou Toulouse figurent parmi les grandes villes concernées.
Dans la capitale, Sophie Tissier a déposé une déclaration pour un rassemblement sur les Champs-Élysées et autour de l’Étoile, entre 10 heures et 19 heures. L’Union étudiante appelle également à se retrouver place de la République à 14 heures.
Plusieurs parcours parisiens ont toutefois été refusés par la préfecture, qui a proposé des itinéraires alternatifs.
Ailleurs, des actions sont annoncées sur des ronds-points, près de stations-service et devant certains sites pétroliers. Une carte des rassemblements permet de consulter les lieux et horaires déclarés, sous réserve de modifications.
Laurent Nuñez promet la fermeté, les grenades pourraient revenir
Le ministre de l’Intérieur a prévenu que les violences et tentatives de blocage durable entraîneraient une intervention “ferme et immédiate”.
Plus inquiétant, Laurent Nuñez a évoqué vendredi la possibilité de réautoriser les grenades assourdissantes en cas de violences urbaines extrêmement graves. Leur utilisation avait été suspendue après qu’un lycéen avait eu une main arrachée à Lens.
Le sujet est particulièrement sensible alors que plusieurs vidéos de policiers en civil au sein des manifestations lycéennes ont déjà provoqué de vives controverses.
La journée pourrait donc se jouer sur trois éléments : le nombre réel de participants, la capacité des différents mouvements à se rejoindre et le déroulement des rassemblements.
En septembre, notre premier article sur cet appel s’interrogeait sur sa capacité à dépasser les réseaux sociaux. Ce samedi, les manifestants auront l’occasion d’y répondre.
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