Mustapha Antra : "L’identité n’est pas seulement ce qui distingue le Maroc des autres".

Mustapha Antra : "L’identité n’est pas seulement ce qui distingue le Maroc des autres".



La profondeur historique du Maroc et la continuité de sa monarchie constituent bien plus qu’un héritage à célébrer : elles engagent le Royaume à poursuivre sa modernisation et à préparer son avenir. 

C’est l’un des enseignements que tire le chercheur universitaire Mustapha Antra du discours du Roi Mohammed VI, en mettant en avant le concept d’« État-civilisation » et la responsabilité nationale qui accompagne la fierté identitaire.

« Le Maroc est l’une des nations les plus anciennes du monde, sous la bannière d’une monarchie séculaire, l’une des plus anciennes de l’histoire ». 
Cette affirmation du Roi Mohammed VI revêt, selon Mustapha Antra, « une portée politique qui va au-delà de la simple évocation de la mémoire historique pour mettre en avant la spécificité de l’État marocain et la profondeur de son héritage culturel ».

Au-delà de la référence à l’ancienneté du Royaume, cette lecture met en lumière la continuité de ses institutions et la singularité de son parcours historique. 
Elle souligne également la place de la monarchie dans la construction de l’identité nationale et dans la préservation des constantes du pays.
Le Souverain affirme également que les Marocains ont le droit d’être fiers de leur identité religieuse, sous l’égide de la Commanderie des croyants, ainsi que de leur identité civilisationnelle, riche de la diversité de ses composantes.

Cette conception de l’identité constitue, pour le chercheur, un patrimoine façonné au fil des siècles. « Cette remarque met en avant une conception de l’identité marocaine comme un patrimoine historique et culturel accumulé au fil du temps, qui tire sa force de son authenticité et de la diversité de ses sources, ainsi que de sa capacité à allier continuité et ouverture », souligne Mustapha Antra.
Mais cette fierté ne saurait se limiter à la valorisation du passé. Elle doit également se traduire par un engagement concret en faveur du développement national. « La fierté de l’identité, comme l’explique le discours, ne doit pas se transformer en une simple vantardise du passé ou en une expression de satisfaction de soi, mais doit constituer un moteur pour assumer la responsabilité nationale et traduire l’appartenance en un engagement concret envers la patrie », précise le chercheur.
Il ajoute : « L’identité n’est pas seulement ce qui distingue le Maroc des autres, mais aussi ce qui confère à ses citoyens la responsabilité de contribuer à son progrès et de renforcer sa position. »

L’« État-civilisation », entre héritage et modernité.

Cette articulation entre mémoire historique et responsabilité nationale conduit Mustapha Antra à mobiliser le concept d’« État-civilisation » pour analyser l’expérience marocaine.
« Le concept d’“État-civilisation” peut être considéré comme une approche analytique permettant de comprendre le Maroc, qui met en avant la profondeur de sa nation, la longévité de ses institutions et la richesse de son identité, sans pour autant se détacher des enjeux de l’État moderne et des exigences de l’avenir », explique-t-il.

Cette approche permet de replacer l’héritage historique du Royaume dans une perspective tournée vers l’avenir. La préservation de ses acquis ne dispense pas le pays de poursuivre les transformations nécessaires pour répondre aux défis économiques, sociaux et technologiques.
Le discours royal associe ainsi la fierté des réalisations historiques, politiques, diplomatiques, économiques et sociales du Maroc à la nécessité de poursuivre les réformes. 
Une orientation qui se traduit notamment par le développement de stratégies nationales dans des secteurs considérés comme déterminants pour la souveraineté et la compétitivité du pays.
« Le discours royal associe la fierté des acquis historiques, politiques, diplomatiques, économiques et sociaux à la nécessité de poursuivre les réformes, de lancer de grandes stratégies dans les domaines de la sécurité de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation, de l’industrie, de l’économie numérique et de l’intelligence artificielle », relève Mustapha Antra.



Ces chantiers s’inscrivent dans une dynamique visant à consolider les fondements du développement et à renforcer la capacité du Maroc à anticiper les mutations mondiales. Ils illustrent également la nécessité de faire converger la continuité historique de l’État et les impératifs de modernisation.
La jeunesse et la justice sociale au cœur de l’avenir

Au-delà des stratégies économiques et industrielles, cette vision accorde une place centrale aux enjeux sociaux, notamment à la jeunesse et à la réduction des disparités territoriales.
Mustapha Antra souligne à cet égard que le discours royal place « la jeunesse au cœur des politiques publiques » et insiste sur la nécessité de « renforcer la justice sociale et territoriale ».

L’enjeu est ainsi de faire en sorte que la richesse historique et civilisationnelle du Royaume se traduise par des avancées concrètes pour les citoyens. La valorisation de l’identité nationale prend alors une dimension opérationnelle, en devenant un facteur de cohésion et de mobilisation autour des priorités du développement.

Pour le chercheur, « l’enjeu ne consiste pas à se contenter de la richesse civilisationnelle du Maroc, mais à transformer ce patrimoine en moteur de développement, d’innovation et de stabilité, faisant de l’histoire le fondement de la construction de l’avenir et de la fierté identitaire une responsabilité renouvelée au service de la patrie ».

Une lecture qui place ainsi la continuité historique du Maroc au service d’une ambition contemporaine : consolider les acquis du Royaume tout en poursuivant les réformes nécessaires pour répondre aux aspirations de ses citoyens et renforcer sa position. 


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