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Problèmes de succession chez les Zniber : Un héritage empoisonné. ...

Problèmes de succession chez les Zniber : Un héritage empoisonné. ...



Rita Zniber PDG de Diana Holding et ses filles Diana et Leyna en compagnie de SAS le Prince Albert II de Monaco et de la Présidente de la BCE Christine Lagarde à l’occasion de Rallye Aïcha des Gazelles 2022 à Essaouira.

Dix ans après la disparition du fondateur des Celliers de Meknès, son empire agricole et industriel est devenu le théâtre d’une bataille familiale et judiciaire. 

Au centre de cette histoire, Rita Maria Zniber, son épouse, qui a partagé sa vie, contribué à son œuvre et poursuivi son travail après sa mort. 

Entre reconnaissances de dette contestées, plaintes croisées et rancœurs anciennes, le destin d’un géant économique se joue désormais devant les tribunaux.

Il était une fois un homme qui avait fait pousser la fortune dans la terre. Dans la région de Meknès, où les saisons rythment la vie des campagnes, Brahim Zniber avait bâti, au fil des années, un empire agricole et industriel. Des vignes, des domaines, des caves, des usines, des entreprises qui font vivre des milliers de familles. Parti de peu, il avait fini par devenir l’un des grands noms du capitalisme marocain. Mais les hommes disparaissent, les empires leur survivent et les héritages ne sont pas toujours des histoires paisibles. Dix ans après sa mort, celui de Brahim Zniber continue de diviser les siens.

Au centre de cette histoire, il y a Rita Maria Zniber. Depuis la disparition de son mari, elle s’efforce de maintenir debout l’édifice familial, à la tête de Diana Holding. Mais la succession du patriarche, loin de se refermer, ouvre de nouveaux fronts judiciaires.

Interdiction de quitter le territoire.

Le 30 septembre 2026, alors qu’elle devait se rendre en Égypte à l’invitation du ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, pour participer à l’Alamein Africa Forum, Rita Maria Zniber a appris à l’aéroport Mohammed-V de Casablanca qu’elle faisait l’objet d’une interdiction de quitter le territoire. Un déplacement professionnel s’est ainsi transformé en nouvel épisode d’une bataille qui dure depuis plusieurs années.

Sur les circonstances de la convocation policière, Mme Zniber apporte une précision importante. Elle affirme n’avoir reçu qu’une seule convocation, datée du 24 septembre 2026, et non trois contrairement à ce qu’on a avancé auprès de la police. Selon son récit, elle aurait même griffonné sur le document remis par le policier qu’elle ne pouvait se présenter, puisqu’elle devait prendre un avion pour Le Caire le même jour.

Le policier qui s’est présenté sous le prénom de Mourad n’aurait pas apprécié cette annotation et lui aurait fait part de son mécontentement. Mme Zniber indique par ailleurs que les enregistrements des caméras de surveillance installées sur le site, dans le cadre autorisé par la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP), montreraient un seul passage des policiers. Le 9 octobre, accompagnée de son avocat, Mounir Founani, Rita Maria Zniber a été entendue par les enquêteurs. Elle a indiqué que l’audition s’était bien déroulée et salué le professionnalisme des policiers.

À l’origine de cette nouvelle procédure, une plainte déposée le 21 juillet par Mohamed Nabil Zniber, fils de Brahim Zniber et de sa première épouse, Tourya Tazi. Elle porte sur deux reconnaissances de dette attribuées au défunt, d’un montant total de 14,4 millions de dirhams: l’une de 12 millions, datée du 4 juillet 2014, et l’autre de 2,4 millions, datée du 25 août 2015. Le plaignant soupçonne une falsification de documents. Il appartient à la justice d’examiner ces accusations et d’en établir le bien-fondé.

Rita Maria Zniber conteste cette mise en cause. Le 7 octobre, elle a déposé à son tour une plainte pour chantage contre Mohamed Nabil Zniber. Les accusations portées de part et d’autre devront être examinées par la justice. À ce stade, elles ne sauraient être considérées comme des faits établis.

Cette nouvelle affaire ne surgit pas dans un ciel serein. Elle vient s’ajouter à plusieurs années de conflits autour de la succession de Brahim Zniber, dont le premier épisode judiciaire remonte à 2018. Deux procédures restent en cours, indépendamment de cette nouvelle plainte. L’une des affaires a toutefois connu une issue favorable à Rita Maria Zniber, avec un non-lieu prononcé au début du mois de juillet 2026. Cette décision ne clôt pas les autres dossiers, qui suivent leur propre cours. Pour comprendre cette bataille, il faut revenir à l’histoire de la famille et à celle de l’homme qui en fut le centre.

La vigne sera son grand domaine.

Brahim Zniber est né à Salé le 2 mai 1921, dans une ancienne famille d’origine andalouse. Il était le benjamin d’une fratrie de dix enfants, six garçons et quatre filles. Son père, Tahar, demeurait profondément attaché à sa ville natale, Salé. Une anecdote familiale en dit long sur cet amour des origines : à chaque grossesse, il s’arrangeait pour que l’accouchement ait lieu à Salé, quitte à organiser le déplacement de la famille. C’est ainsi que Brahim vit le jour dans cette ville, avant que la famille ne s’établisse à Sidi Kacem, qui s’appelait à l’époque Petit Jean, du nom de ce capitaine de l’armée française tombé dans le champ de bataille dans cette même région, le 19 mai 1911. Nous sommes donc en plein protectorat français, Petit Jean était un centre agricole important. Les colons français y avaient installé leurs exploitations, planté des orangers, développé la vigne et mis en valeur les terres de la région. La ville avait aussi une particularité : le pétrole. Découvert dans les années 1930, il allait donner naissance à la première raffinerie du Maroc. Agriculture, commerce et industrie pétrolière faisaient ainsi vivre une petite cité qui n’avait rien à envier à certaines villes plus importantes du pays.

C’est dans cet environnement que grandit Brahim Zniber. Les Zniber étaient des citadins, issus d’un milieu de lettrés et de commerçants. Leur installation au milieu des Chrarda, tribu connue pour son tempérament guerrier, ne passe pas inaperçue. On les appelle tout simplement «les Slaouis». Mais ils ne tardent pas à trouver leur place parmi les habitants.

Brahim, le plus jeune des garçons, accompagne très tôt son père dans les souks. Il observe, écoute, apprend à négocier. C’est là, bien davantage que sur les bancs de l’école, qu’il découvre les règles du commerce. Il comprend surtout une chose : pour réussir, il faut connaître les hommes autant que les marchandises.

L’indépendance du Maroc, en 1956, va lui offrir l’occasion de donner toute la mesure de ses ambitions. Cette année-là, il acquiert le domaine d’Aït Harzallah, près de Meknès, une exploitation de quelque 740 hectares. Il se lance alors dans une aventure qui fera sa fortune et sa réputation.

Il plante, développe ses exploitations, investit dans les équipements et construit progressivement ce qui deviendra les Celliers de Meknès. La vigne sera son grand domaine. En quelques décennies, il parvient à occuper une place dominante sur le marché marocain du vin. Ses marques s’imposent, ses domaines s’étendent et son savoir-faire finit par dépasser les frontières du Royaume.

Avec le temps, les vignobles, les installations industrielles et les activités de distribution prirent de l’ampleur. Château Roslane devint l’une des vitrines de cette ambition.

Une nouvelle vie commençait.

Brahim Zniber ne s’était pas contenté d’accumuler des terres et des biens. Il avait construit des entreprises, créé des emplois et développé un savoir-faire. Son parcours racontait aussi une certaine idée du Maroc économique : celle d’un pays capable de faire émerger de grands groupes privés à partir de ses propres ressources.

Sa vie personnelle fut, elle aussi, marquée par plusieurs étapes. De son premier mariage avec Tourya Tazi naquirent cinq enfants, parmi lesquels Mohamed Nabil Zniber, le benjamin de cette première union.

Tahar Moncef Zniber est son frère germain : tous deux ont pour mère Tourya Tazi. Cette précision éclaire les liens entre les membres de la famille, dont certains ont été associés aux démarches relatives à la succession après la disparition du patriarche.

Puis Brahim rencontra Rita, née Marie-Françoise Duchesne, d’origine française et élevée à Benslimane, au Maroc. Rita avait à peine dix sept ans lorsqu’elle épousa Khalid Zniber, le frère aîné de Brahim. De cette première union naquirent deux enfants. Elle avait vingt-deux ans lorsqu’elle épousa Brahim, en 1979. Une nouvelle vie commençait alors, qui allait la placer au cœur d’une aventure familiale et entrepreneuriale hors du commun. Avec Brahim, elle eut six enfants.

Il serait réducteur de ne voir en Rita Maria Zniber que l’épouse d’un grand homme d’affaires. Elle a partagé avec lui les années de construction du groupe, ses difficultés, ses ambitions et ses réussites.

Documents officiels.

Elle a travaillé à ses côtés, appris les rouages de ses entreprises et pris part à la vie de cet ensemble qui, au fil du temps, dépassait largement les dimensions d’une simple affaire familiale. Sans cet engagement, sans ce travail accompli auprès de son mari, puis après sa disparition, Diana Holding aurait-elle atteint la dimension qu’elle connaît aujourd’hui ? Il est permis d’en douter. Lorsque Brahim Zniber s’est éteint, en 2016, Rita n’a pas seulement hérité d’un nom et de responsabilités. Elle a dû poursuivre une œuvre, préserver des entreprises et maintenir une cohésion au sein d’une famille nombreuse, alors même que les intérêts des uns et des autres ne coïncidaient pas toujours.

Un autre élément mérite d’être pris en considération pour comprendre la confiance que Brahim Zniber accordait à son épouse. Le 15 décembre 2014, il lui a délivré une procuration générale portant, selon les documents consultés par notre rédaction, sur ses biens, y compris ses intérêts dans la holding. L’acte a été enregistré le 23 décembre 2014 auprès de Maître Mustapha Arachmoun, notaire à Meknès.

Cette procuration était accompagnée d’un certificat d’aptitude médicale établi par le docteur Abdellatif Mandour, médecin à Meknès, attestant de l’état physique et mental de Brahim Zniber. Les documents consultés portent les authentifications des autorités administratives compétentes.

Offrande en signe d’amitié.

Rita Maria Zniber affirme n’avoir jamais utilisé cette procuration pour régler les affaires patrimoniales de son mari. Établie du vivant de Brahim Zniber, elle est devenue caduque à son décès en 2016. Elle constitue néanmoins un élément du contexte patrimonial : elle témoigne de la place que le patriarche avait accordée à son épouse dans l’organisation de ses affaires. Elle ne suffit pas, à elle seule, à trancher les différends successoraux actuels. Il y a, dans cette histoire, une dimension plus intime que les procédures judiciaires ne peuvent effacer. La Fondation Rita Zniber, consacrée à la protection de l’enfance, porte le nom de l’épouse du patriarche. On peut y voir, au-delà de sa vocation sociale, un geste d’affection, une manière pour Brahim de rendre hommage à celle qui partageait sa vie. Une sorte d’offrande en signe d’amitié et d’amour, destinée à inscrire son nom dans la durée. Dans les grandes histoires familiales, les entreprises ne sont pas toujours les seuls héritages : il y a aussi les gestes, les fidélités et les traces laissées dans la mémoire des hommes.

Procuration notariée complète.

La succession n’en demeure pas moins complexe. Brahim Zniber avait organisé de son vivant la transmission de la nue-propriété de ses parts à ses héritiers, tout en conservant l’usufruit jusqu’à sa mort. Après son décès, les opérations liées à la succession furent notamment confiées, par deux procurations notariées établies en 2017, à Mohamed Fahmi, directeur administratif et financier de Diana Holding, avec Tahar Moncef Zniber, alors administrateur du groupe, et Mustapha El Maach, directeur juridique et des ressources humaines.

Ces dispositions, les reconnaissances de dette aujourd’hui contestées et les questions liées au règlement de la succession sont devenues autant de sujets de désaccord. Pour Rita Maria Zniber, les dettes personnelles et les obligations du défunt en dehors de Diana Holding ne représentaient que des «points de détail». Elle affirme également avoir disposé d’une procuration notariée complète de son mari au moment où celui-ci s’était retiré, procuration qui lui aurait permis, selon elle, de régler ces questions. La procuration de 2014 constitue un élément supplémentaire dans cette histoire, même si ses effets ont pris fin au décès de son signataire.

Les procédures se poursuivent et leurs issues restent incertaines. Il faut donc se garder de transformer les accusations en vérités judiciaires ou de réduire une histoire aussi complexe à une opposition entre bons et mauvais héritiers. Mais un fait est manifeste : les différends privés ont fini par prendre une dimension qui dépasse la seule sphère familiale.

Car Diana Holding n’est pas une petite entreprise que l’on pourrait démanteler au gré des querelles. Le groupe est présent dans l’agriculture, la distribution, les boissons et l’industrie. Il emploie environ 7 000 personnes. Son activité fait vivre des salariés, des fournisseurs, des agriculteurs et des familles entières. Dans plusieurs territoires, son poids économique est considérable.

Ces dernières années n’ont pourtant pas été faciles. La sécheresse, la pandémie de Covid-19 et les conséquences de la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient ont éprouvé les entreprises du groupe. Fipar-Holding, filiale de la Caisse de dépôt et de gestion, est sortie de son capital en 2021. Diana Holding a également dû procéder à des choix stratégiques importants pour alléger son endettement.

Gouvernance de Diana Holding.

La vente d’Atlas Bottling Company, l’embouteilleur de Coca-Cola, à l’espagnol NABC, il y a quatre ans, pour 1,25 milliard de dirhams, a constitué une étape majeure. Plus des deux tiers du produit de cette cession ont servi à rembourser une partie de la dette du groupe. Quelque 28 % ont été consacrés à la recapitalisation de filiales, tandis que 2 % ont rémunéré les actionnaires. L’effort semble avoir porté ses fruits. L’endettement à moyen et long termes, qui atteignait environ 2,5 milliards de dirhams en 2021, serait désormais ramené à quelque 750 millions. Pour 2026, le groupe prévoit un chiffre d’affaires de 4,2 milliards de dirhams, contre 3,9 milliards en 2021.

Ces chiffres donnent la mesure du chemin parcouru, mais aussi de ce qui est en jeu. Rita Maria Zniber, ses enfants et leur bellefille détiennent ensemble 91,42 % de la holding familiale. Cette participation collective ne doit pas être confondue avec une détention personnelle de Rita. Les autres parts sont réparties entre d’autres membres de la famille. Mohamed Nabil Zniber, qui a fondé la société immobilière Sakina Promotion, ne participe pas à la gouvernance de Diana Holding. Sa sœur, Latifa Bahae Zniber, siège au conseil d’administration et représente une partie des membres de la famille qui détiennent des parts du capital.

Préserver ce qui a été construit.

Rita Maria Zniber affirme que le litige en cours «ne concerne aucunement le holding». Sur le plan juridique, il s’agit de distinguer les affaires liées à la succession personnelle de Brahim Zniber de la gestion de Diana Holding. Mais, dans la réalité, les deux dimensions ne sont pas complètement étanches. Lorsque les conflits familiaux s’installent dans la durée, ils peuvent fragiliser la confiance, brouiller les perspectives et faire oublier ce qui devrait demeurer la priorité : la continuité d’un groupe qui fait vivre des milliers de personnes. L’histoire de Brahim Zniber ne se résume donc ni à une succession disputée ni aux procédures qui opposent aujourd’hui certains de ses héritiers. Elle est celle d’un homme qui a bâti un empire, mais aussi celle d’une femme qui a grandi dans son ombre avant de prendre toute sa place dans l’œuvre commune. Rita Maria Zniber a accompagné son mari, contribué au développement du groupe et assumé des responsabilités considérables après sa disparition. Son rôle ne saurait être effacé par le bruit des tribunaux. Pas davantage, toutefois, que les questions soulevées par les autres héritiers ne peuvent être écartées sans examen.

Le Sebou, lui, poursuit sa course vers l’Atlantique. Les saisons passent, les récoltes viennent et s’en vont. Les entreprises, comme les familles, traversent des périodes de prospérité et des heures difficiles. Ce qui demeure, en définitive, c’est la capacité de préserver ce qui a été construit et de le transmettre sans le détruire. Jean de La Fontaine avait donné à cette histoire, au 17ème siècle, une morale qui n’a rien perdu de sa force. Dans Le Laboureur et ses enfants, il écrivait: «Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage Que nous ont laissé nos parents: Un trésor est caché dedans.»

Le trésor de Brahim Zniber ne se trouve peut-être pas seulement dans les terres, les usines, les vignobles ou les comptes de ses entreprises. Il réside aussi dans les emplois créés, le savoir-faire transmis et l’œuvre économique patiemment bâtie. Rita Maria s’est employée à la faire grandir et à en poursuivre l’œuvre après la mort de son mari. Reste à savoir si les héritiers sauront dépasser leurs différends pour la préserver. Car le véritable héritage n’est pas seulement ce que l’on reçoit. C’est aussi ce que l’on est capable de sauver.


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