Une expertise de la Gendarmerie royale ébranle l’« empire » de Brahim Zniber et ramène son épouse devant les enquêteurs.

Une expertise de la Gendarmerie royale ébranle l’« empire » de Brahim Zniber et ramène son épouse devant les enquêteurs.



Publié le 18 octobre 2026

L’affaire des 700 millions de dirhams et les reconnaissances de dettes : Secrets et Conflits autour de la succession de Brahim Zniber

Huit ans après le décès d’Brahim Zniber, le temps n’a pas suffi à clore l’un des litiges les plus complexes concernant la succession de cet homme d’affaires, qui a laissé derrière lui un vaste empire économique. 
Ce dossier, qui a débuté par deux reconnaissances de dettes portant sur des millions de dirhams avant de se transformer en une longue bataille judiciaire, entame aujourd’hui un nouveau chapitre. Une expertise réalisée par l’Institut de la Gendarmerie royale a en effet révélé des éléments décisifs concernant la falsification de documents produits dans le cadre du litige. Parallèlement, Ghita Zniber se retrouve de nouveau visée par une enquête, suite au dépôt de nouvelles plaintes.

Ghita Zniber – qui a déjà fait l’objet d’une condamnation à une peine de prison avec sursis pour avoir disposé, de mauvaise foi, de biens successoraux avant leur partage – est aujourd’hui confrontée à une nouvelle procédure judiciaire. De nouvelles plaintes ont été transmises au juge d’instruction, ouvrant la voie à des mesures conservatoires à son encontre, notamment le retrait de son passeport et l’interdiction de quitter le territoire national.

Mais le fait nouveau dans ce dossier ne réside pas seulement dans la réouverture de l’enquête ; il tient surtout au fait que les documents, au cœur du conflit depuis des années, font désormais l’objet d’une analyse technique probante dans le rapport d’expertise de la Gendarmerie royale. Expertise de la Gendarmerie et une dette de 1,4 milliard de centimes
L'affaire a débuté avec deux documents qui, selon Ghita Zniber, contiendraient une reconnaissance de dette de la part d'Ibrahim Zniber en sa faveur, pour un montant total avoisinant les 14,4 millions de dirhams.

Ces deux documents constituaient l'un des piliers centraux du litige opposant Ghita Zniber à plusieurs héritiers du défunt, avant qu'une expertise technique ne vienne changer la donne. L'Institut de la Gendarmerie Royale a procédé à un examen comparatif des signatures figurant sur ces documents, en les confrontant à des signatures de référence d'Ibrahim Zniber — notamment celles extraites de dossiers judiciaires ou liées à des établissements bancaires.

La conclusion est sans appel : les signatures examinées sont des faux et n'appartiennent pas à Ibrahim Zniber.

Dès lors, la question de ces documents ne relève plus d'une simple controverse entre les héritiers — qui en contestent l'authenticité — et Ghita Zniber, qui continue de s'en prévaloir. On se trouve désormais face aux résultats d'une expertise technique établissant que les signatures attribuées au défunt ne sont pas les siennes ; ces documents sont donc, sur le plan technique, des faux.

Mais la surprise ne s'arrête pas là.

Dans le cadre de cette même expertise, 49 signatures de référence ont été analysées : 5 proviennent de dossiers de la Cour d'appel de Rabat, 41 sont issues de documents fournis par Rita Maria Zniber, auxquelles s'ajoutent deux signatures provenant d'Attijariwafa Bank et une autre de Bank of Africa. Parmi les 41 documents fournis par Ghita Zniber, épouse d'origine française, les experts de l'institut de la Gendarmerie ont relevé que 27 portaient des signatures dont l'apparence générale et les caractéristiques individuelles se rapprochaient considérablement de celles d'Ibrahim Zniber.

Quant aux 14 autres, il s'agissait, dans chaque cas, de reconnaissances de dettes : cinq documents datés du 4 juillet 2014 et neuf datés du 25 août 2015. Fait notable, les signatures qui y figurent ressemblent aux deux signatures au cœur du litige initial — celles-là mêmes dont l'expertise a conclu qu'elles n'appartenaient pas à Ibrahim Zniber —, ce qui place de nouveau Ghita Zniber sur la sellette.

Dès lors, le champ des interrogations s'est élargi, passant des deux documents initiaux à cet ensemble de reconnaissances de dettes. L'enquête doit désormais se pencher sur l'origine de ces pièces, leurs modalités d'élaboration et les circonstances dans lesquelles elles ont été produites, surtout au regard des conclusions de l'expertise concernant les deux signatures originelles.

A 94 ans... et des reconnaissances de dettes chiffrées en millions de dirhams

L'affaire gagne en sensibilité si l'on considère la date des deux documents principaux. 
Ils ont été établis en 2014, alors qu'Ibrahim Zniber était âgé de 94 ans, selon les éléments figurant dans les plaintes déposées par certains héritiers.
Ces plaintes soulèvent des interrogations quant à l'état du défunt à cette époque, affirmant qu'il souffrait d'une dégradation marquée de ses facultés sensorielles et mentales. Elle soulève également une autre question, plus directe : pourquoi un homme d’affaires de cette envergure, entouré d’experts, d’avocats, d’adouls, de notaires et de cadres, aurait-il eu besoin d’établir des reconnaissances de dettes portant sur des millions de dirhams au profit de son épouse et de leurs enfants communs ?

La plainte interroge aussi les motivations derrière l’établissement de ces documents, alors même que la famille avait déjà bénéficié, du vivant d’Ibrahim Zniber, de sa fortune et de ses actifs, qu’il s’agisse d’actions, de liquidités ou de biens immobiliers.

La plainte souligne par ailleurs un élément financier jugé significatif : l’inventaire de la succession, réalisé par Ghita Zniber, fait état de diverses dettes du défunt s’élevant à 31 991 570,15 dirhams, sans toutefois mentionner la somme de 14,4 millions de dirhams visée par les deux reconnaissances de dettes, lesquelles se sont avérées porter des signatures falsifiées.

Pour les plaignants, l’absence de cette dette dans l’inventaire successoral soulève des interrogations quant à la date et aux circonstances de l’apparition de ces documents. Ils vont même jusqu’à accuser Ghita Zniber d’avoir fait rédiger ces actes après le décès d’Ibrahim Zniber, dans le but de porter atteinte aux droits des autres héritiers.

De la falsification à la peine avec sursis C’est ici que l’histoire atteint son épisode le plus troublant. ...

Selon les documents du dossier, un calcul portant sur la période allant de 2009 à fin 2015 révèle le décaissement d'environ 900 millions de dirhams par « Diana Holding » au profit de son fondateur. Sur ce montant, près de 200 millions de dirhams ont été distribués aux actionnaires, tandis que le solde, soit environ 700 millions de dirhams, a disparu sans laisser de trace.

La plainte soulève également un autre point : le départ de Ghita Zniber à l'étranger trois jours après le décès d'Brahim Zniber. Les plaignants demandent aux autorités de vérifier ce fait en consultant les registres de la police aux frontières. S'y ajoutent d'autres accusations concernant des mandats et des actes notariés qui, selon la plainte, justifieraient l'ouverture d'une enquête.
De la succession d'Brahim Zniber aux dossiers de « Diana Holding »

L'ampleur du litige est indissociable de la nature de la fortune laissée par Brahim Zniber.
Au fil des décennies, il a bâti un groupe économique aux activités diversifiées — allant de l'agriculture et de l'agroalimentaire à la viticulture, au conditionnement et à la distribution — faisant de « Diana Holding » l'un des plus importants groupes privés dans ces secteurs.

Après le décès du fondateur, le groupe a connu des mutations et une restructuration de ses activités et investissements, s'apparentant à une véritable hémorragie financière. Cela inclut notamment la sortie de l'activité liée à Coca-Cola. Par ailleurs, le nom du groupe a été associé à des investissements hors du Maroc, le plus notable étant sa participation dans « Marie Brizard Wine & Spirits », un dossier qui s'est transformé, lui aussi, en une affaire financière et réglementaire complexe.

En 2021, l'Autorité des marchés financiers (AMF) française a infligé des sanctions financières dans une affaire liée à des opérations sur les actions de « Marie Brizard », visant notamment Rita Maria Zniber et « Diana Holding ». Ainsi, après le décès d’Ibrahim Zniber, l’affaire a cessé d’être un simple différend familial portant sur le partage d’une succession ; elle est devenue un dossier complexe où s’entremêlent héritage, entreprises, investissements, documents, dettes et multiples procédures judiciaires. Le dossier ressurgit par une porte restée ouverte

Aujourd’hui, huit ans plus tard, le dossier concernant Ghita Zniber revient sur le devant de la scène.
De nouvelles plaintes ont été déposées auprès du juge d’instruction, des mesures conservatoires restreignant les déplacements ont été prises, et des documents supplémentaires sont désormais soumis à examen. Par ailleurs, une expertise réalisée par la Gendarmerie royale a conclu que les signatures apposées sur les deux principaux actes de reconnaissance de dette ne sont pas celles d’Ibrahim Zniber.
Parallèlement, une décision judiciaire antérieure a reconnu Ghita Zniber coupable d’avoir disposé, de mauvaise foi, de biens successoraux avant leur partage. Elle a bénéficié de circonstances atténuantes et a été condamnée à une peine assortie du sursis ; toutefois, cette procédure n’a pas abouti à une condamnation pour faux.

C’est précisément là que réside le nœud du problème qui a ramené l’affaire au premier plan : quelle incidence les nouvelles investigations auront-elles sur des documents qui, lors de la précédente procédure, n’avaient pas conduit à une condamnation pour faux ? Et que révéleront les 14 documents additionnels, qui portent des signatures semblables à celles que l’expertise de la Gendarmerie royale a attribuées à une autre personne qu’Ibrahim Zniber ?

L’affaire est loin d’être close, et il appartient à la justice de trancher sur les responsabilités. Une chose est sûre : Ce dossier, qui a débuté par un litige portant sur une somme d’argent, a pris une ampleur bien plus grande qu’un simple conflit successoral. 

Il constitue désormais un test révélateur de ce que les expertises et les documents peuvent mettre au jour, après huit années d’enquêtes. 

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