Le « Grand Theft Démocratie » : Une vaste campagne raciste reliée à Israël.


Le « Grand Theft Démocratie » : Une vaste campagne raciste reliée à Israël.

— Magouilles et cœtera
— Élections



Bonne nouvelle : Si vous avez eu l’impression que votre fil d’actu détestait les musulmans ces trois dernières années, rassurez-vous, ce n’était pas vous. 
C’était une ingérence. Rassurant, non ?

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Publié le 04 novembre 2026



Dans un rapport publié le 29 octobre 2026  ↗, les chercheurs Marc Owen Jones et Sohan Dsouza ont documenté une campagne d’influence clandestine lancée en octobre 2023. 

Pendant 37 mois, elle a diffusé des contenus racistes, islamophobes, anti-immigration et anti-Qatar dans une trentaine de pays, surtout en Europe. 
Son ampleur enregistrée : plus de 532 millions d’expositions avérées et jusqu’à 831 millions selon une projection. 
Budget estimé : entre 5,1 millions et 8,2 millions de dollars. Et la France ? 
Elle arrive en tête pour le nombre de placements publicitaires : 991 sur 2 748. Cocorico.

L’ingérence en plein écran

L’étude a recensé 1 473 publicités Facebook, 189 vidéos sur 15 chaînes YouTube et 359 annonces TikTok. 
Les vidéos YouTube ont cumulé 132 millions de vues publiques, les annonces TikTok ont touché 72,2 millions de personnes. Le dispositif dépassait les réseaux sociaux : publicité sur le web, comptes sur X et Telegram, au moins 24 faux comptes intervenant sur Wikipédia, et une pétition bidon au nom d’une fausse organisation de défense des droits humains… signée par plus de 7 500 personnes. 
Il y a aussi eu des panneaux publicitaires placardés à Times Square et au Liban. De la belle ouvrage.

Grand Theft Auto… cratie ?

Au programme : une parodie du jeu Grand Theft Auto (GTA) rebaptisée « Grand Theft Qatar », où un vilain personnage en tenue émiratie rachète des bâtiments européens pour en faire des mosquées. 
De fausses chansons de Noël générées par IA annoncent la fin de Noël en Europe (le Père Noël, en sueur, peut se rassurer). Des sites aux noms poétiques, comme « Qatarsis », « Doha Dirt » et « The Silent Invasion », donnent aussi l’illusion de petits collectifs spontanés, alors que le rapport décrit au contraire un réseau coordonné et bien organisé. 

Et la campagne ne fabriquait pas tout son contenu de zéro. 
Les chercheurs ont retracé les sources de séquences réutilisées dans 18 vidéos : douze venaient d’un compte abusif RadioGenoa, d’autres étaient associées à Tommy Robinson, Éric Zemmour et Europe Invasion. 
La méthode : reprendre des images déjà diffusées sur les réseaux d’extrême droite et leur ajouter une accusation finale : « C’est la faute du Qatar ! ».

Mais pas seulement le Qatar. Au Liban, la campagne a diffusé des messages anti-Iran et anti-Hezbollah. 
En 2026, une branche appelant au changement de régime en Iran a visé des publics européens sur TikTok : Au moins 118 publicités, avec 12,6 millions de personnes touchées. 
Cette séquence a commencé le 24 février 2026, quatre jours avant le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, le 28 février. 
L’opération est aussi sortie des écrans. Une vidéo a été projetée au CPAC 2024 (Union conservatrice US), une manifestation a été mise en scène, devant une boutique Valentino à Atlanta, par deux anciennes participantes à des concours de beauté états-uniens. 
Les chercheurs signalent aussi des panneaux publicitaires au Liban, en plus de Times Square.

Beaucoup de vues, peu de revues

Les plateformes ont supprimé des comptes, mais tardivement et sans empêcher les retours. 
En octobre 2026, YouTube a supprimé 4 chaînes, et en a restreint 2 autres… sur 15. Quelques jours plus tard, de nouvelles chaînes reprenaient trois anciens noms, leurs descriptions et les mêmes annonceurs brésiliens. 
Le rapport décrit trois phases d’activité publicitaire, avec des interruptions. 
Même la propagande a besoin de vacances, de temps en temps.

Qui paie ?

Mystère. Mais les chercheurs estiment, avec une confiance qu’ils qualifient de modérée à élevée, que l’opération est originaire d’Israël. 

Les paiements sont passés par une société vietnamienne, dont le patron dit avoir été recruté anonymement sur Telegram, puis par une agence de São Paulo qui a revendu les comptes à un inconnu. Sur TikTok, le payeur déclaré était nommé « Iran ». Pourquoi faire compliqué ? Jusque-là, RAS.

Mais les métadonnées, ces grandes bavardes, parlent hébreu : semaine de travail du dimanche au jeudi, fuseau UTC+3, noms de dossiers en hébreu, métadonnées vidéo reprenant le nom d’un graphiste israélien spécialiste des campagnes politiques (qui ne répond pas aux journalistes, sans doute très occupé), et une adresse IP israélienne oubliée par erreur dans une modification sur Wikipédia. 

Le rapport documente aussi un relais états-unien : certains éléments de la campagne sont passés par Johnnie Moore, évangélique pro-israélien, et par son agence JDA Worldwide.

Les chercheurs n’ont pas identifié le client qui a commandé l’opération. 
Le rapport rapproche cette opération d’une campagne distincte évoquée dans un groupe WhatsApp (le projet de « boycott mondial du Qatar », auquel auraient participé des stratèges et spécialistes de la guerre psychologique, dont un ancien du Mossad) et d’autres opérations anti-musulmanes associées à des prestataires israéliens. Il relève des similitudes, des proximités et des objectifs qui se recoupent. 
Même parfum, donc, mais pas de preuve que c’est la même cuisine.

Campagne sur campagne

Enfin, le calendrier interpelle. En France, les achats publicitaires de la première phase ont eu lieu dans les mois précédant les élections européennes de juin 2024. 

Au Royaume-Uni, les achats se sont arrêtés le 17 mai, quelques jours avant l’annonce d’élections législatives anticipées. 

En Allemagne, une phase de la campagne a coïncidé avec l’élection régionale de Saxe-Anhalt, début septembre 2026. Le rapport indique que la campagne reste active dans des pays qui approchent de scrutins importants, dont la France et l’Italie en 2027. Ouf ! On avait peur de s’ennuyer…






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