Qui domine cette oligarchie ?

Joe Biden alerte les Américains sur cette oligarchie qui s’installerait aux Etats-Unis : Mais qui la domine vraiment…?


Joe Biden a mis en garde contre la concentration du pouvoir entre les mains d’une nouvelle oligarchie tenue par les milliardaires dans son discours d’adieu aux Américains. 

Alors qu’il y a des procédures engagées contre Google et contre les monopoles, est-ce véritablement le cas ? Qui domine cette oligarchie ?


Jean-Claude Beaujour : Pour apprécier les déclarations du Président Biden, il est primordial de revenir à la définition de l’oligarchie. Si l’on s’en tient à la définition du Larousse, l’oligarchie est le régime politique où l'autorité est entre les mains de quelques personnes ou familles puissantes. Ainsi le risque dénoncé par le Président Biden tiendrait au fait que dans le futur, une poignée d’individus pourrait diriger et contrôler à eux seuls les Etats-Unis.

Pour être clair sur le sujet, il y a toujours eu et il y aura toujours, dans l’entourage des dirigeants politiques, des hommes et des femmes économiquement puissants. C’est l’ordre naturel et on le constate partout dans le monde. La raison première tient au fait que les gouvernants ont pour partie besoin de la force de frappe du monde économique pour mettre en œuvre leurs politiques publiques. Aux Etats-Unis, le coût des campagnes électorales est à ce point élevé (plus du milliard de USD) que le concours de donateurs très fortunés s’impose. Il est même fait état du terme « baron voleur », fréquemment utilisé au 19e siècle, pour décrire des industriels prospères, dont les pratiques commerciales étaient souvent considérées comme impitoyables ou contraires à l'éthique. On retrouve dans le viseur aussi bien les Carnegie, Rockefeller, JP Morgan, Vanderbilt, qui furent soutenus aussi bien par les Démocrates que par les Républicains pour garantir la stabilité du système économique et financier. Le risque évoqué par le Président Biden n’est donc pas nouveau.

A la lumière de ce qui précède, et parce que les Etats-Unis ne comptent pas moins de 800 milliardaires, je ne pense pas que le pouvoir aux Etats-Unis puisse être concentré entre les mains des seuls milliardaires très actifs autour du Président Trump.

En réalité, ce que dénonce le Président Biden est plutôt le nouveau mode opératoire des quelques milliardaires entourant de près Donald Trump, puisqu’à l’instar d’Elon Musk certains se sont montrés extrêmement actifs et vocaux pendant et après la campagne, ce qui est inhabituel. Je parlerai plutôt de dangereux conflits d’intérêts car désormais les hommes d’affaires exerceront directement ou indirectement des responsabilités politiques sans pour autant s’éloigner de leur entreprise. 

Pour l’un des milliardaires les plus actifs, cette présence dépasse même les seules frontières des Etats-Unis: d’une part, parce qu’Elon Musk propriétaire du réseau X dispose d’une caisse de résonance mondiale, d’autre part, parce que son activisme politique s’exprime en Europe par une présence médiatique remarquée et par des dons financiers à plusieurs partis ou personnalités politiques.


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Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis restent un Etat de droit et nous sommes persuadés que les mécanismes de contrôle et de contre-pouvoirs fonctionneront.


On peut toutefois se questionner sur l’impact du pouvoir de quelques-uns, notamment les propriétaires des réseaux sociaux, sur le fonctionnement de la démocratie dans le monde. Rappelons que les régulations sur les plateformes digitales sont le fruit d’un rapport de force entre l’Europe – légaliste - et le reste du monde. Ce monde dans lequel certains semblent plus enclins à faire prévaloir la force sur le droit.


Frédéric Robert : En effet, Joe Biden, assis au Resolute Desk, a prononcé, depuis le Bureau Ovale, son discours d’adieu (« Farewell Address »), mercredi soir, tradition américaine chez les présidents américains qui remonte à celui de George Washington en 1796. Comme Washington, Biden a tenu à avertir ses compatriotes des tempêtes et des orages qui menacent la démocratie américaine.

Après avoir brossé un portrait flatteur de ses 4 années passées à la Maison-Blanche (pouvait-on espérer autre chose ?...), il a souhaité mettre en garde les Américains face à la montée d’une oligarchie de quelques « personnes ultra-riches » (« ultra-wealthy people ») qui vont concentrer et centraliser les pouvoirs. Pour lui, il s’agit d’un danger pour la démocratie et les libertés individuelles, comme il l’a dit très clairement.

Il ne nomme personne mais il est somme toute très facile de donner les noms qu’il a à l’esprit : Elon Musk, Mark Zuckerberg et Jeff Bezos. Musk (patron de Tesla, de X et Space X) a été l’un des principaux soutiens de Donald Trump, allant jusqu’à donner près de 280 millions de dollars pour financer la campagne républicaine. Musk héritera d’ailleurs d’un portefeuille au sein de la nouvelle Administration : le « Department of Government Efficiency » (Ministère de l’Efficacité Gouvernementale) dont le but est de « dégraisser le mammouth » comme on dirait en France ! 

En outre, Musk s’est toujours déclaré favorable à une liberté d’expression dont Trump avait été privée suite à sa censure sur Twitter. Zuckerberg (à la tête de Meta) qui, jusqu’alors regardait les Démocrates avec les yeux de Chimène, a effectué dernièrement une volte-face phénoménale afin de plaire au futur occupant de la Maison-Blanche (ce dernier ne l’ayant d’ailleurs jamais bien apprécié…). 

Il a annoncé la fin du « fact-checking » (procédé consistant à vérifier les faits avancés) sur ses réseaux sociaux, méthode qui horripilait particulièrement Trump et ses partisans, car ils estimaient que chaque propos du candidat républicain était disséqué et passé au crible alors que ceux de Biden et des Démocrates passaient allègrement au travers des mailles du filet. 

Zuckerberg a également décidé d’assouplir les règles régissant les posts déposés sur ses plateformes. Naturellement, ces mesures ne sont pour déplaire aux Républicains. Zuckerberg n’a pas hésité non plus à faire un don d’un million de dollars au fonds finançant les cérémonies d’investiture de Trump qui vont avoir lieu à partir du 20 janvier. Il sera d’ailleurs aux premières loges lors de cette prestation de serment qui se tiendra normalement à l’intérieur en raison des conditions météorologiques qui frappent la capitale américaine. 

Comme si cela ne suffisait pas, Zuckerberg a également nommé Joel Kaplan, un proche de Trump, pour gérer les affaires publiques de Meta, ainsi que Dana White, président de l’Ultimate Fighting Championship (UFC) et fidèle ami de Trump, pour siéger au conseil d’administration de Meta. 

Cerise sur le gâteau : le groupe de Zuckerberg envisage également de délocaliser certaines de ses équipes et de les envoyer au Texas, connu pour ses positions pro-républicaines. Quant à lui, Jeff Bezos d’Amazon sera également présent lors de l’investiture de Trump car à maintes reprises, il s’était déclaré admiratif de la résilience exceptionnelle du candidat républicain contre vents et marées. Il s’agit, pour Biden, des principaux membres de cette oligarchie.

Dans son discours, Biden a également établi un parallèle entre les « Robbers Barons » (Barons Voleurs) des années 1910-1920 (Andrew Carnegie, John Rockeffeler, Cornelius Vanderbilt, John Pierpont Morgan, Andrew Mellon, Henry Ford… pour n’en citer que quelques-uns) avec ceux de la « High-Tech ». 

Selon lui la situation est quasiment la même actuellement : L’Amérique est confrontée à l’avènement d’hommes riches et puissants qui adoptent des comportements monopolistiques afin de tout régenter et de tout contrôler dans leur domaine, leur objectif principal étant de devenir incontournable. ...



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Michel Ruimy : En effet, dans son discours d’adieu, le président Joe Biden a exprimé ses préoccupations concernant la formation d’une ploutocratie dominée par des figures majeures du monde économique des affaires. Il visait notamment des magnats de la technologie, souvent issues de la Silicon Valley, de la finance et de l’industrie : Elon Musk (Tesla, SpaceX), Mark Zuckerberg (Meta, anciennement Facebook), Jeff Bezos (Amazon), Marc Andreessen et Peter Thiel, fondateur respectivement de Andreessen-Horowitz et de Paypal…, qui ont soutenu activement Donald Trump lors de sa campagne présidentielle (120 millions de dollars pour Musk) ou en contribuant à des « super PACs » pro-Trump (Andreessen).

Ces acteurs, qui détiennent une part significative de la richesse et du pouvoir économique à travers leurs investissements et entreprises respectives, pourraient exercer une influence significative sur les plans économique et financier en raison de leur capacité à façonner des politiques économiques et à influencer les régulations. Déjà, Elon Musk pourrait jouer un rôle central dans l’organisation de la future Administration ayant été nommé à la tête d’une commission chargée de réduire la bureaucratie gouvernementale.

L’investiture de Donald Trump s’annonce comme la plus « sponsorisée » de l’histoire des États-Unis. Pas mal de choses pourraient se décider dans les rencontres informelles entre le nouveau président et les grands patrons. Un vieil adage dit que « si vous n’êtes pas à la table des négociations, vous êtes au menu » (Comprenez : vous risquez d’être mangé tout cru). Ainsi, rares sont les grandes entreprises américaines à ne pas faire d’importants dons au futur locataire de la Maison-Blanche. Pour certaines, le retournement de veste est assez spectaculaire !

Pour autant, toutes les grandes entreprises américaines vont-elles prêter allégeance à Donald Trump car défier directement le nouveau maître de la Maison-Blanche, qui a la rancune tenace, ne semble pas sans risque ? Pas sûr. Le silence est parfois synonyme de résistance. Certains géants économiques, qui avaient largement soutenu la démocrate Kamala Harris, restent ainsi discrets à l’approche de cette investiture. C’est notamment le cas de Netflix et LinkedIn, dont les patrons respectifs avaient versé sept millions d’euros chacun à la candidate démocrate.

A travers cette déclaration de Joe Biden, sommes-nous dans une situation similaire à celle du complexe militaro-industriel, dénoncé par Eisenhower et Truman ? 

Ces déclarations de Truman et Eisenhower n’étaient-elles pas beaucoup plus pertinentes à l’époque par rapport aux accusations de Joe Biden ?

Jean-Claude Beaujour : Le complexe militaro-industriel que vous évoquez est très spécifique car il réunit tout à la fois les fabricants d'armes, les institutions, les agences de renseignement, les lobbyistes… en tant que groupes d'intérêts cherchant à peser sur les politiques publiques, notamment par une augmentation des dépenses militaires des Etats-Unis, et cherchant aussi à se mettre au service d’une stratégie du pays.


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