Aïd al-Adha : Entre vie chère et prudence, les familles retardent leurs achats.

Aïd al-Adha : Entre vie chère et prudence, les familles retardent leurs achats.


Publié le jeudi 14 mai 2026 

A deux semaines de l’Aïd al-Adha au Maroc, les éleveurs restent stupéfaits de la faible demande à l’achat des moutons, surtout après que l’année précédente était marquée par une annulation du rituel sacrifice à cause du nombre insuffisant du cheptel national.

Dans un contexte marqué par la hausse des prix et un changement de style de vie chez beaucoup de familles, l’étonnement des éleveurs et des acteurs du secteur se fait ressentir face au faible afflux des acheteurs.

Après avoir été déçus les années précédentes par des prix jugés excessifs, les citoyens réfléchissent à deux fois avant d’acheter un mouton, sans oublier la situation économique compliquée pour de nombreuses familles.
Hespress a recueilli les témoignages de plusieurs éleveurs dans des marchés connus du nord et du centre du Royaume. Tous ont affirmé que les ventes réalisées dans les souks hebdomadaires durant le week-end étaient « en dessous des attentes », estimant que les débats sur les réseaux sociaux autour de la vie chère et les appels au boycott ont influencé l’état d’esprit des consommateurs.

Hicham El Jaoubari, secrétaire régional des commerçants de viande rouge en gros dans la région Casablanca-Settat, a confirmé que la hausse des prix est une réalité « indéniable ». Il a souligné que la faible demande observée ces derniers jours risque d’accentuer encore davantage la pression sur les prix.

Dans une déclaration à Hespress, El Jaoubari a ajouté que les raisons de cette flambée des prix « laissent les professionnels perplexes », précisant que malgré l’abondance de l’offre évoquée par certains, les prix restent élevés, ce qui révèle selon lui « un dysfonctionnement ».

Le responsable professionnel a indiqué que les prix des moutons de bonne qualité dans les marchés premium, variant entre 78 et 83 dirhams le kilogramme, sont « très élevés et pèsent lourdement sur le budget des familles ».
Il a expliqué qu’« un simple calcul montre qu’un mouton de 60 kilogrammes peut coûter jusqu’à 4.800 dirhams, ce qui représente une somme considérable pour les ménages à revenus moyens ».

Le même intervenant a estimé que « les propagateurs de rumeurs et les campagnes appelant à faire peur aux gens ne font que semer la confusion chez les Marocains », affirmant qu’« aucune famille marocaine ne peut réellement renoncer à l’achat du mouton de l’Aïd ».

El Jaoubari a appelé à une réflexion collective et sérieuse pour trouver une solution à la situation actuelle et à la flambée des prix, attribuant cette situation à « la décision d’interdire l’importation des moutons et au laxisme concernant l’interdiction de l’abattage des femelles dans les abattoirs ».
Il a poursuivi en expliquant que « le gouvernement aurait dû ouvrir les importations sans subventions afin d’assurer un nombre suffisant de têtes de bétail pour les citoyens marocains à des prix raisonnables pendant l’Aïd ».

Le secrétaire régional des commerçants de viande rouge en gros à Casablanca-Settat a ajouté : « Dans les abattoirs de Casablanca, nous abattons 1.400 têtes par jour pendant quatre jours par semaine. Si l’on ajoute les autres villes et régions, cela représente des chiffres énormes qui auraient nécessité de maintenir l’ouverture des importations pour répondre à la demande et à la consommation ».

Il a également plaidé pour une révision des choix du pays dans ce domaine et pour un soutien accru aux agriculteurs et aux éleveurs, à l’image d’autres pays soucieux de préserver leur sécurité alimentaire.
De son côté, Mohamed El Akhal, éleveur dans la région de Ksar El Kébir, a expliqué que l’ambiance au marché hebdomadaire d’Ouled Hmid cette année est différente des saisons précédentes, malgré l’abondance des moutons proposés.

Dans une déclaration à Hespress, El Akhal a indiqué qu’une grande partie des bêtes disponibles correspond à ce qu’il qualifie de « moutons maigres élevés au pâturage », ce qui a affecté l’intérêt des citoyens et leur confiance dans la qualité des animaux proposés.

L’éleveur a affirmé que de nombreux clients ont passé « de longues heures à examiner les moutons sans conclure d’achat », en raison de leur manque de conviction quant à la qualité de certaines bêtes d’une part, et de la hausse des prix d’autre part.

Il a ajouté que les familles marocaines sont devenues plus prudentes dans leurs choix cette saison, dans un contexte économique difficile et marqué par l’augmentation du coût de la vie. Selon lui, le citoyen « ne cherche plus seulement à acheter un mouton, mais veut également obtenir la qualité au bon prix ».
El Akhal a souligné que certains éleveurs ont été contraints de proposer des animaux moins chers afin de s’adapter au pouvoir d’achat actuel, mais cela s’est répercuté sur le niveau de qualité attendu par une large partie des consommateurs. 

Il estime enfin que l’attentisme « domine encore le marché », de nombreux citoyens préférant reporter leur achat aux derniers jours dans l’espoir d’une baisse des prix ou de meilleures offres.



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