Marché du travail : Un chômage strict à 10,8%, les jeunes et les femmes qui sont les plus touchés.

Marché du travail : Un chômage strict à 10,8%, les jeunes et les femmes qui sont les plus touchés.


Publie le mardi 12 mai 2026 

Le premier trimestre 2026 confirme ce que beaucoup constatent déjà sur le terrain: trouver un emploi reste difficile, surtout pour les jeunes et les femmes. 

D’après la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre (EMO) du Haut-commissariat au plan (HCP), le taux de chômage strict s’est établi à 10,8% au niveau national. 
Un chiffre déjà parlant, mais qui ne dit pas tout. 
Car derrière cette moyenne, les écarts sont forts, les fragilités nombreuses, et la pression sur le marché du travail va bien au-delà du seul chômage.

Cette nouvelle enquête, l’EMO2026, remplace l’ancienne Enquête nationale sur l’emploi. Elle change aussi la manière de lire les chiffres. L’emploi, désormais, ne concerne que les activités exercées contre rémunération ou dans un but lucratif. 

Le chômage, lui, est retenu dans son sens strict: seules sont comptées les personnes sans emploi, disponibles et engagées dans une recherche active. 
Il faut donc éviter les comparaisons mécaniques avec les anciennes séries.

Au premier trimestre 2026, la population en âge de travailler a atteint 27,8 millions de personnes. 
Parmi elles, 11,617 millions constituent la main-d’œuvre, c’est-à-dire les personnes en emploi et celles au chômage au sens strict. 
Le taux de participation ressort ainsi à 41,8%. En ville, il est de 41%. 
Dans le rural, il atteint 43,3%.
Le fossé entre les hommes et les femmes reste, une fois de plus, frappant. 

Le taux de participation des hommes s’élève à 66,4%, contre seulement 17,5% pour les femmes. 
Le constat est encore plus net lorsqu’on regarde la composition même de la main-d’œuvre: les femmes n’en représentent que 21%. À l’inverse, elles constituent plus de 71% de la population hors main-d’œuvre. Cela dit beaucoup sur l’ampleur du décrochage.

Sur le plan de l’emploi, le Maroc comptait 10,364 millions de personnes occupant un emploi contre revenu au cours des trois premiers mois de l’année. 
Le taux d’emploi s’établit à 37,3% au niveau national, avec un niveau plus élevé dans le rural, à 40,7%, contre 35,5% dans l’urbain. 

Là encore, le déséquilibre entre hommes et femmes saute aux yeux: 60,1% pour les hommes, 14,7% pour les femmes.

L’âge pèse lui aussi lourd. 
Ce sont les 35-44 ans qui affichent le meilleur taux d’emploi, avec 52,8%, juste devant les 25-34 ans, à 47,6%. 
En bas du tableau, les 15-24 ans plafonnent à 16,6%. Autrement dit, une grande partie de la jeunesse continue de buter sur l’entrée dans la vie active.

Les services en tête de l’emploi

Sans surprise, le secteur des services reste le principal réservoir d’emplois. 
Il concentre 5,085 millions d’actifs, soit 49,1% de l’emploi total. 
L’agriculture, la sylviculture et la pêche arrivent ensuite avec 2,541 millions de personnes, soit 24,5%. 
L’industrie emploie 1,409 million de personnes, devant le BTP avec 1,314 million.

Le partage territorial de l’emploi reste très marqué. 
En milieu urbain, près des deux tiers des actifs occupés travaillent dans les services. 
Dans le rural, plus d’un actif sur deux reste absorbé par l’agriculture. 
Ce découpage illustre une économie toujours très segmentée, avec des réalités de travail qui changent fortement selon le lieu de résidence.

Le nombre de chômeurs au sens strict a atteint 1,253 million de personnes au premier trimestre 2026. Près de 80% d’entre eux vivent en milieu urbain. 
Le taux de chômage s’élève à 13,5% dans les villes, contre 6,1% dans les campagnes.

Les femmes restent plus touchées, avec un taux de chômage de 16,1%, contre 9,4% pour les hommes. 
Mais ce sont surtout les jeunes qui concentrent les plus fortes tensions. 
Chez les 15-24 ans, le taux de chômage grimpe à 29,2%. Pour les 25-34 ans, il atteint encore 16,1%. Ces chiffres traduisent une insertion professionnelle toujours laborieuse, souvent tardive, parfois bloquée.

L’un des principaux apports de l’EMO2026 tient au fait qu’elle ne réduit plus la lecture du marché du travail au seul chômage. Elle prend aussi en compte le sous-emploi lié à la durée du travail, ainsi que la main-d’œuvre potentielle, c’est-à-dire les personnes qui souhaitent travailler mais qui, pour une raison ou une autre, ne sont pas pleinement engagées dans le marché du travail.

À ce titre, 671.000 personnes occupées se trouvaient en situation de sous-emploi au premier trimestre. Dans le même temps, 884.000 personnes relevaient de la main-d’œuvre potentielle. Ce volant, souvent moins visible, montre qu’une partie importante du malaise échappe aux indicateurs classiques.

Le taux combiné du chômage strict et du sous-emploi atteint ainsi 16,6%. Celui qui regroupe chômage strict et main-d’œuvre potentielle s’établit à 17,1%. Quant au taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, il grimpe à 22,5% au niveau national. En clair, plus d’une personne sur cinq est confrontée à une forme de manque ou d’insuffisance de travail.

Là encore, les mêmes catégories reviennent. Chez les femmes, ce taux composite atteint 31,1%. Chez les jeunes de 15 à 24 ans, il bondit à 45,3%. Presque un jeune sur deux fait donc face soit au chômage, soit au sous-emploi, soit à une situation de retrait contraint du marché du travail. Le chiffre est lourd, et il parle de lui-même.
Une carte du travail très inégale

Les disparités régionales confirment, elles aussi, une carte du travail très inégale. Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche le taux de participation le plus élevé, avec 63,9%. Viennent ensuite Tanger-Tétouan-Al Hoceima avec 46,4%, Casablanca-Settat avec 45,6%, Laâyoune-Sakia El Hamra avec 43,1%, Rabat-Salé-Kénitra avec 42,6% et Marrakech-Safi avec 42,2%.

À l’autre bout du classement, Drâa-Tafilalet ferme la marche avec 31,1%, suivie de l’Oriental à 37% et de Guelmim-Oued Noun à 37,2%.

Pour le chômage, Laâyoune-Sakia El Hamra enregistre le taux le plus élevé avec 20,3%. L’Oriental suit avec 14,9%, puis Guelmim-Oued Noun avec 14,8% et Fès-Meknès avec 14,2%. 
Casablanca-Settat dépasse aussi la moyenne nationale avec 12,7%, tout comme Rabat-Salé-Kénitra avec 10,9%. 

À l’inverse, Dakhla-Oued Ed-Dahab affiche le taux le plus bas avec 5,7%, devant Marrakech-Safi à 7% et Tanger-Tétouan-Al Hoceima à 7,3%.




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