Quelles sont les chances de survie de l’Iran face à l’armada américano-israélienne ?

 Quelles sont les chances de survie de l’Iran face à l’armada américano-israélienne ?


Publié le 11 mars 2026

La survie de l'Iran face à l'armada américano-israélienne est incertaine, dépendant de divers facteurs militaires, politiques, économiques et diplomatiques.

Au sixième jour d’une guerre qui a vu la participation du tiers du potentiel aéronaval américain déployé à l’étranger, la résilience de l’Iran, pourtant privé d’une défense aérienne du territoire digne de ce nom, relève du miracle. 

Et personne ne peut prévoir avec exactitude l’issue de la guerre tant plusieurs paramètres décisifs restent inconnus ou sujets à des bifurcations imprévues.

La question essentielle qui reste posée est jusqu’à l’Iran peut-il tenir face à des bombardements aussi intenses sans couverture aérienne sérieuse capable de rendre coûteux les raids américano-israéliens ? 

La réponse à cette question dépend de l’évolution de plusieurs paramètres à caractère militaire, politique, économique et diplomatique.

Sur le plan militaire :

1.la supériorité absolue des Américains et des Israéliens dans le ciel ne devrait pas à elle seule leur assurer une victoire dans un délai raisonnable de deux à trois semaines. Pour forcer l’Iran à capituler ou provoquer l’effondrement du régime, les agresseurs n’ont pas d’autre choix que d’envisager une intervention terrestre dont le coût dépasse les gains attendus par l’Administration américaine même si leurs alliés israéliens ne désespèrent pas de les pousser dans ce sens.

Le temps joue en faveur de l’Iran et en défaveur de ses agresseurs. Plus la guerre dure et plus les agresseurs risquent d’être à court de munitions surtout les munitions intelligentes. De son côté, l’Iran pourra compter sur la durée sur un arsenal impressionnant de missiles balistiques et hypersoniques et de drones kamikazes et dur une production locale à moindre coût.

La géographie sert énormément l’Iran qui a su l’exploiter à son profit en fondant toute sa stratégie dissuasive sur des bases et des usines souterraines enfouies dans les montagnes difficiles à atteindre.L’Iran a eu l’intelligence de frapper dès les premiers jours les bases américaines dans la région en ciblant prioritairement les coûteux systèmes d’alerte avancée et les radars des systèmes antiaériens Patriot et Thaad, ce qui a contribué à aveugler partiellement les agresseurs et à diminuer l’impact de leurs sorties.

Sur le plan politique :

1.Avant de déclencher leur agression, les Américains et les Israéliens ont lancé une guerre hybride contre l’Iran dans laquelle le soutien aux protestations populaires contre l’inflation est allée de pair avec l’action clandestine des agents du Mossad, de la Cia et du MI5 (attentats terroristes, guerre électronique et informationnelle). Même affaiblie par la répression, l’opposition iranienne susceptible de jouer le rôle de supplétif pour le compte des Américains et des Israéliens est toujours là mais l’agression américano-israélienne et l’assassinat du guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei ont provoqué une onde de choc nationaliste et une union sacrée que le régime iranien ne s’est pas privé d’utiliser dans sa mobilisation contre l’agression.

2.Sur le plan interne, l’Administration Trump ne pourra pas cacher longtemps sa détresse face à la résilience iranienne et ce, malgré une rhétorique triomphaliste qui ne trompe pas les observateurs. Trump est d’ores et déjà convaincu que son comparse dans cette aventure Netanyahou l’a trompé en lui faisant miroiter une issue rapide et un effondrement du régime au lendemain de l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei.

Trump ne sacrifiera pas les élections du mi-mandat et ses sordides calculs financiers sur l’autel de sa fidélité à Israël et essaiera de s’en sortir comme à son habitude par une pirouette en prétendant comme en juin dernier qu’il a anéanti les capacités militaires iraniennes et que l’Iran ne constitue plus désormais aucune menace pour la région.

Netanyahou est conscient de ce scénario et le redoute par-dessus tout. C’est la raison pour laquelle il cherche à entrainer les pays de la région dans la guerre ouverte contre l’Iran pour fermer toute issue de sortie à son allié américain.

Sur le plan économique :

En décrétant la fermeture du détroit d’Ormuz, en s’attaquant à quelques objectifs énergétiques stratégiques et en menaçant d’aller plus loin dans ce sens, l’Iran a déjà impacté gravement les cours pétroliers et gaziers à l’échelle mondiale. 

S’il arrive à transformer le conflit en guerre d’usure et il en les moyens, les perspectives pour l’économie mondiale (et particulièrement européenne) seront insupportables et pousseront ces pays à faire pression pour un cessez-le-feu rapide.

Sur le plan diplomatique :

1.La guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran est loin de bénéficier du consensus des autres puissances internationales. Même si les Européens ne verraient pas d’un mauvais œil la disparition du régime iranien, la facture économique risque d’être ruineuse pour eux.

Si la Russie et la Chine n’ont pas les moyens de faire cesser immédiatement cette guerre, ils se réjouissent de l’épuisement progressif des munitions américaines (auquel elles ont peut-être contribué par le renseignement satellitaire fourni aux Iraniens) et n’hésiteront pas à élever la voix au fur et à mesure de l’enlisement américain.

Tous ces pays ne prendront aucun risque pour sauver la peau de l’Iran, mais ils n’hésiteront pas à profiter du moindre recul américain pour pousser dans le sens de l’arrêt d’une guerre dont ils redoutent une dérive échappant à tout contrôle surtout si elle s’étend à tous les pays de la région comme le laissent penser les derniers développements.

2. Mais le paramètre le plus important sur le plan diplomatique est constitué par le fait que Washington et Tel Aviv n’ont pas forcément les mêmes intérêts stratégiques dans cette guerre. Pour les faucons israéliens, la destruction de l’Iran est une question quasi-existentielle. Ils feront tout pour pousser au pire leur allié américain comme ils l’ont piégé pour entrer dans cette guerre.

En revanche, pour les Etats-Unis, l’Iran ne constitue pas une menace stratégique et ils peuvent se contenter de son affaiblissement relatif pour l’amener à négocier un deal favorable aux intérêts US dans la région d’autant plus qu’il pourra toujours constituer un épouvantail pour faire chanter les pétromonarchies du Golfe qui sont d’ores et déjà sommées de payer la facture du renouvellement des systèmes de défense aérienne détruits par l’Iran.

Outre la divergence d’intérêts stratégiques entre Washington et Tel Aviv qui peut revenir à la surface à tout moment et compromettre le cours de la guerre, il faut également compter sur l’inquiétude croissante des alliés du Golfe, à leur tête l’Arabie saoudite, qui commencent à voir que non seulement la présence des bases US sur leur territoire ne les protège pas mais constitue désormais une vulnérabilité supplémentaire. Il faut ajouter à cela l’effet « contreproductif » des dernières déclarations des responsables israéliens en faveur du « Grand Israël » du Nil à l’Euphrate. 

La dernière sortie médiatique sur une chaîne américaine de l’ancien patron des services secrets saoudiens, le prince Turki Al Faiçal, est révélatrice de ce nouvel état d’esprit qui ne plaide guère en faveur de la continuation de la guerre.

Tous ces paramètres réunis militent en faveur d’un arrêt de la guerre avant que l’objectif israélien (change régime ou dislocation de l’Iran) ne soit atteint. Si l’Iran s’en sort de cette épreuve, même affaibli et même au prix de concessions au profit de l’Amérique, le Moyen Orient ne sera plus le même. 

Une nouvelle architecture géopolitique aura plus de chance de voir le jour ouvrant ainsi des brèches devant les forces qui aspirent à un ordre régional plus juste.


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