“La lutte contre la corruption, c'est comme nettoyer un escalier : Il faut toujours commencer par le haut.”
— Lee Kuan Yew, ancien Premier ministre de Singapour.Depuis plusieurs mois, ce qui se joue aux États-Unis dépasse largement leurs frontières et s’étend désormais à l’Europe.
Ce qui ressemblait encore récemment à un durcissement politique classique est en train de devenir un basculement fasciste.
Aux États-Unis, la nouvelle administration a immédiatement enclenché une dynamique brutale, centralisant le pouvoir, attaquant les contre-pouvoirs et multipliant les décisions chocs.
En Europe, des alliances politiques et économiques se structurent entre les droites dures et les extrêmes droites, des médias se mettent au service de cette stratégie, et des groupuscules violents montent en puissance, le tout sur fond d'explosion des fake news et d'avénement de la post vérité.
Ce rouleau compresseur avance avec une efficacité implacable, saturant l’espace public de polémiques, de provocations et de fausses informations pour noyer toute opposition dans le chaos. Résultat : on peine à prendre du recul, à comprendre la vitesse à laquelle tout s’accélère.
Pourtant, malgré cette mécanique bien huilée, des résistances s’organisent. Aux États-Unis comme en Europe, certains refusent de se laisser écraser et tentent de structurer une riposte.
Reste à savoir si elle sera à la hauteur du défi.
Cette brlle métaphore est aussi simple que percutante.
La lutte contre la corruption, c’est comme nettoyer un escalier : Il faut toujours commencer par le haut. Si on commence par le bas, la poussière et la crasse des étages supérieurs redescendront inexorablement et rendront vains tous les efforts.
Lee Kuan Yew, à qui on attribue souvent cette formule, l’avait parfaitement compris.
À Singapour, il a bâti un État qui figure parmi les moins corrompus au monde en imposant d’abord une discipline et une exemplarité au sommet : Salaires élevés pour les hauts fonctionnaires (pour réduire la tentation), tolérance zéro, transparence et exemples venus d’en haut. Le résultat est connu.
Tant que les élites politiques, économiques et administratives se croient au-dessus des règles qu’elles imposent aux autres, toute campagne anti-corruption reste du théâtre. Les petits arrangements, les pots-de-vin quotidiens et les passe-droits ne sont souvent que le symptôme d’un système où 'le sommet donne le ton".
Le vrai test n’est pas de punir quelques lampistes ou de faire de beaux discours. C’est de voir si les puissants acceptent de se soumettre aux mêmes règles que le citoyen lambda, avec les mêmes conséquences en cas de faute.
Une belle citation. Dommage qu’elle soit si souvent citée… et si rarement appliquée. 😏
"Singapour a réussi grâce à une combinaison rare de volonté politique implacable, d’institutions solides, d’incitations économiques intelligentes et d’une application impartiale des règles." C’est un cas d’école souvent cité, notamment grâce à l’action déterminée de Lee Kuan Yew et de son gouvernement du People’s Action Party (PAP) à partir de 1959.
1. Volonté politique au sommet (« Commencer par le haut »)
Lee Kuan Yew considérait la corruption comme un poison existentiel pour un petit pays sans ressources naturelles.
Dès son arrivée au pouvoir, il a imposé une "tolérance zéro", en menant par l’exemple :
- Exemplarité personnelle et de son équipe.
- Pas de « grands » intouchables : Ministres, hauts fonctionnaires et même membres du parti ont été poursuivis sans exception.
Cette culture s’est enracinée durablement.
2. Un cadre légal et institutionnel puissant
- "CPIB (Corrupt Practices Investigation Bureau) " : Agence anti-corruption indépendante, créée sous les Britanniques mais renforcée massivement.
Elle dispose de pouvoirs étendus (enquêtes, perquisitions, accès aux comptes bancaires), de ressources adéquates (budget et personnel) et rend des comptes directement au Premier ministre (avec possibilité d’appel au Président).
Elle agit sans peur ni faveur.
- "Prevention of Corruption Act (PCA, 1960)" : Loi renforcée qui élargit la définition de la corruption, inverse la charge de la preuve (le fonctionnaire doit expliquer des enrichissements suspects), et prévoit des peines sévères (amendes, prison, confiscation des biens).
### 3. Réduire les incitations à la corruption
- "Salaires compétitifs" : À partir des années 1970, Lee a aligné les rémunérations des ministres et hauts fonctionnaires sur celles du secteur privé (parfois parmi les plus élevées au monde).
L’idée : Attirer les meilleurs talents et réduire la tentation du bakchich.
Cela a été très controversé à l’époque, mais efficace.
- "Réduction des opportunités" : Simplification administrative, minimisation de la bureaucratie inutile, digitalisation précoce, et procédures transparentes.
4. Application impartiale et systématique
- Pas de campagnes ponctuelles ou sélectives : tout le monde est concerné.
- Enquêtes systématiques, même sur des cas mineurs, pour maintenir la dissuasion (« high risk, low reward »).
- Meritocratie : recrutement et promotion basés sur la compétence, pas sur les connexions ou l’ethnie.
Résultats concrets
Singapour passe d’un niveau élevé de corruption (typique des pays en développement des années 1950-60) à l’un des pays les "moins corrompus du monde" : régulièrement classé 3e ou 4e au Corruption Perceptions Index de Transparency International (score autour de 84/100 en 2025), et n°1 en Asie.
Ce succès a été un pilier de sa transformation spectaculaire : de bidonville portuaire à nation développée en une génération (PIB par habitant parmi les plus élevés au monde, infrastructures de premier plan, éducation excellente, etc.).
"Leçons principales" : Sans volonté politique sincère au sommet, les lois et agences restent lettre morte. Singapour montre qu’il faut à la fois "réprimer durement", "réduire les opportunités", "récompenser l’intégrité" et "maintenir l’effort sur des décennies".
Ce n’est pas magique, c’est du travail constant et cohérent.
Beaucoup de pays citent Singapour… peu appliquent vraiment la recette jusqu’au bout. C’est là que réside la vraie difficulté. 😏
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