Élections 2026 : Alerte sur une future élite parlementaire "faible".

Élections 2026 : Alerte sur une future élite parlementaire "faible".


Publié le jeudi 16 juillet 2026

À l’approche des élections de 2026, les inquiétudes enflent autour de la trajectoire prise par la vie politique marocaine. Le président du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement (PJD), Abdellah Bouanou, estime en ce sens que plusieurs signaux « dangereux » pourraient fragiliser davantage la confiance dans le processus électoral et conduire à l’émergence d’une classe parlementaire « moyenne, pour ne pas dire faible », peu armée pour affronter les défis qui attendent le Royaume.
Campagneset élections

Le responsable du PJD qui s’exprimait lors d’une rencontre organisée cette semaine par la Fondation Fqih Tetouani sur le thème « Cinq années de majorité et d’opposition : qu’a gagné le Maroc sur les plans politique et institutionnel ? », a notamment mis l’accent sur la qualité des futures élites politiques, le phénomène du nomadisme partisan et la responsabilité des formations politiques dans le choix de leurs candidats.

Pour Bouanou, la défiance des citoyens ne trouve pas son origine dans les appels à la participation électorale lancés par les responsables politiques. « La crise de confiance ne naît pas d’un responsable qui communique avec les citoyens et les appelle à participer aux élections », a-t-il soutenu. Le problème apparaît, selon lui, « lorsque les partis présentent des candidats suspects, à l’encontre desquels sont prononcées des peines judiciaires pouvant atteindre plusieurs dizaines d’années ».
Une pratique qui, à ses yeux, contribue directement à éroder la crédibilité des échéances électorales. 

Le parlementaire pointe également la persistance du nomadisme politique et de ce qu’il qualifie de « débauchage » ou de « vol » d’élus entre formations partisanes. Une situation qui nourrit, selon lui, une interrogation préoccupante : La compétition électorale repose-t-elle désormais sur celui qui « distribue de l’argent » ou celui qui « achète le plus » ?

La responsabilité, insiste Bouanou, incombe d’abord aux partis politiques et à leurs choix en matière d’investitures. La poursuite de telles pratiques risque, selon lui, de produire un Parlement incapable de faire émerger un véritable débat politique.

Le constat qu’il dresse de la législature actuelle est particulièrement critique. « Le niveau du débat au Parlement durant la législature actuelle a été faible », a-t-il affirmé. La participation des députés, « aussi bien au sein des commissions que lors des séances plénières, est restée limitée ». 

Une faiblesse qui aurait dépassé l’enceinte législative pour toucher les médias, lesquels « ne trouvent plus, au sein des partis, d’interlocuteurs avec lesquels dialoguer ».
La crainte d’une élite parlementaire « faible »

Abdellah Bouanou dit espérer que les élections de 2026 ne reproduiront pas les mêmes élites que celles issues du scrutin du 8 septembre 2021. Mais les tendances observées actuellement ne l’incitent guère à l’optimisme. « Les indicateurs actuels vont dans la même direction », a-t-il prévenu.

À ses yeux, les prochaines élections doivent répondre à deux objectifs essentiels. 
Le premier est celui de la participation. 

À ce jour, a-t-il indiqué, 494.000 nouveaux électeurs se sont inscrits sur les listes, tandis qu’environ 600.000 personnes en ont été radiées. Le corps électoral compte, pour sa part, 15,801 millions de personnes.
Le deuxième enjeu concerne la moralisation des élites, des partis politiques et du Parlement. Sur ce terrain également, le dirigeant du PJD juge les signaux peu rassurants, notamment en raison de « la persistance du nomadisme politique et du débauchage d’un certain nombre de députés d’un parti à un autre ».

« Cette future élite sera-t-elle capable de débattre ? », s’est-il interrogé. Sa réponse est sans détour : « Elle ne débattra pas, et nous l’avons déjà constaté. »
À cette dégradation du débat parlementaire s’ajoute, selon Bouanou, un autre indicateur « dangereux » : l’absence de discussion politique de fond sur les défis économiques, sociaux et démocratiques qui attendent le Maroc. Il évoque un « vide » qui pourrait se prolonger jusqu’aux élections de 2026.

La conséquence serait, selon lui, presque mécanique : l’émergence d’une élite « moyenne, pour ne pas dire faible », qui ne serait pas en mesure de répondre aux grands enjeux à venir. Bouanou cite notamment le chantier de l’autonomie, l’organisation de la Coupe du monde 2030 et la continuité des grands projets structurants engagés par le Royaume.
« Si nous continuons ainsi, nous ne serons pas au rendez-vous », a-t-il averti. 

Le parlementaire appelle les partis à revoir leurs choix et les citoyens à faire preuve de vigilance au moment de désigner leurs représentants.

« Ce sont les candidats suspects qui sapent la confiance »

Interrogé sur l’utilité du vote et sur la responsabilité de l’opposition à l’approche des prochaines échéances, Bouanou est revenu sur la question des candidatures controversées. Le problème, a-t-il répété, surgit « lorsque les partis présentent des candidats suspects, à l’encontre desquels sont prononcées des peines judiciaires pouvant atteindre plusieurs dizaines d’années ».

« C’est cela qui sape la confiance des citoyens, et non un responsable qui assume ses responsabilités, malgré son âge, et communique avec les citoyens pour les convaincre de participer », a-t-il déclaré.

Le responsable du PJD défend, parallèlement, le bilan de son groupe parlementaire dans l’opposition. Dans une démocratie, rappelle-t-il, celle-ci doit pouvoir exercer une influence réelle sur la production législative et le débat public. Son groupe, affirme-t-il, a présenté 2.200 amendements et 70 propositions de loi. Reste, s’est-il interrogé, à déterminer combien de ces propositions ont été acceptées par le gouvernement.

Pour Bouanou, l’opposition doit fonctionner comme un « gouvernement de l’ombre », capable de formuler des alternatives et de proposer des solutions. Il assure que son groupe a soumis des propositions portant sur des dossiers figurant dans le programme gouvernemental, mais qui n’ont pas été mis en œuvre par l’Exécutif.

« Le citoyen se trouve aujourd’hui face à un choix clair, car c’est l’opposition, dont le Parti de la justice et du développement, qui a révélé les insuffisances du gouvernement », a-t-il estimé.

« Qui occupe aujourd’hui la scène politique par le débat ? N’est-ce pas l’opposition ? N’est-ce pas le Parti de la justice et du développement ? », a poursuivi Bouanou. Selon lui, les citoyens connaissent à la fois le gouvernement et l’opposition, cette dernière portant leurs préoccupations sociétales au Parlement, tandis que l’Exécutif resterait sans réaction face à plusieurs de ces questions.

« Nous ne disons pas au citoyen : « C’est comme ça, on n’y peut rien ». Nous lui disons que nous sommes prêts, avec nos compétences, notre pratique, notre expérience dans l’opposition et en tant qu’acteurs ayant contribué à la gestion », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Le citoyen sait que 13 membres ne représentent pas notre véritable poids. La preuve aujourd’hui est que l’interaction existe avec l’opposition ».
L’indépendance du Parlement en question

La critique formulée par Bouanou porte également sur les relations entre le gouvernement, sa majorité et le Parlement. Pour lui, l’institution législative ne saurait être réduite à une simple confrontation arithmétique entre majorité et opposition.

Le Parlement, a-t-il expliqué, « n’est pas un Parlement où il y a simplement une majorité, mais une institution indépendante », et il est nécessaire, insiste-t-il, de préserver l’indépendance du pouvoir législatif.

Bouanou a cité, à titre d’exemple, le dossier des aides accordées au secteur de la viande. Il affirme que 74 milliards de dirhams ont été déboursés depuis 2021 jusqu’à aujourd’hui. « Et lorsque nous demandons la création d’une commission d’enquête, on nous dit qu’il s’agit de surenchère. Jusqu’à présent, il n’y a rien », a-t-il déploré.

Face aux critiques adressées à l’opposition, le président du groupe parlementaire du PJD renvoie finalement la question à la perception de son rôle. « Le problème ne réside pas dans l’opposition, mais dans la compréhension du rôle que nous jouons », a-t-il conclu.

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