J'ai 38 ans et je n'ai pas fait grand-chose dans ma vie. Est-ce trop tard ?
J’ai dix ans de plus que vous, deux jeunes enfants, dont un bébé de moins de deux ans, une vie qui ressemble parfois à un mélange improbable entre un drame social français, une comédie absurde et un tutoriel administratif de l’enfer, et je vais me lancer dans une nouvelle reconversion professionnelle quand je saurais laquelle.
Donc croyez-moi : à 38 ans, vous êtes extrêmement loin d’être foutu.
Déjà parce qu’il faut arrêter avec cette immense escroquerie collective qui consiste à faire croire qu’à 40 ans les adultes savent ce qu’ils font.
C’est faux.
La plupart des gens improvisent leur existence avec l’aplomb de candidats de Top Chef qui auraient oublié un ingrédient essentiel dès les premières minutes de l’épreuve.
À 20 ans, on imagine qu’à 40 :
- tout le monde a trouvé sa voie,
- comprend les placements financiers,
- possède une cuisine rangée,
- répond calmement aux mails,
- et sait enfin ce qu’est réellement « un projet de vie ».
À 48 ans, je peux vous révéler un secret bouleversant : la moitié de l’humanité mange du fromage debout à 23h17 en regardant des vidéos absurdes ou des séries tout en évitant d’ouvrir ses courriers administratifs.
Et les autres mentent.
Puis surtout, cette phrase : « je n’ai pas fait grand-chose de ma vie »…
Mais selon quels critères exactement ?
Parce que si le modèle, c’est devenir un entrepreneur inspirant filmé en drone sur LinkedIn pendant qu’on explique à des inconnus qu’il faut « « sortir de sa zone de confort », alors effectivement, beaucoup d’entre nous ont raté quelque chose.
Mais avez-vous aimé ?
Avez-vous résisté à certaines périodes où la simple idée de se lever demandait déjà un courage considérable ?
Avez-vous consolé quelqu’un ?
Ri malgré tout ?
Continué alors que vous étiez épuisé ?
Essayé encore ?
Alors vous avez vécu. Bien davantage que certains êtres humainement désertés derrière leurs réussites en vitrine.
Je crois qu’on sous-estime énormément la difficulté ordinaire d’exister.
Payer des factures.
Perdre des gens.
Élever des enfants.
Supporter le monde.
Faire semblant d’aller bien dans les supermarchés lumineux un mardi matin.
Répondre « ça va » alors qu’on traverse intérieurement une adaptation non autorisée de Dostoïevski.
Et malgré tout continuer.
On nous a vendu une chronologie absurde :
à 25 ans il faudrait avoir un avenir,
à 30 une stabilité,
à 35 des certitudes,
à 40 une sagesse sereine avec plantes vertes et respiration abdominale.
Alors qu’en réalité, beaucoup de vies commencent précisément au moment où tout le scénario prévu s’effondre.
Les reconversions, les séparations, les accidents, les remises en question, les renaissances tardives… c’est souvent là que les êtres deviennent enfin eux-mêmes.
À 38 ans, vous n’êtes pas en retard.
Vous êtes simplement un humain en cours de cheminement normal dans un monde qui exige des produits finis beaucoup trop tôt.
Courage.

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