Rendre l'eau de mer potable : La fausse bonne idée techno-solutionniste.
🚨 Rendre l'eau de mer potable : La fausse bonne idée techno-solutionniste.
L'eau qu'on fabrique tue la mer qu'on pompe.
Bon, amis et amies lecteur·ices, notre équipe de journalistes a enquêté pour vous sur cette fameuse idée : « On va manquer d’eau ? Pas de panique, il suffit de dessaler l’eau de mer ! » Comme ça, la prochaine fois que vous croiserez une personne un peu trop techno-solutionniste, vous aurez quelques arguments solides, et un article à l’appui, pour lui expliquer pourquoi cette fausse bonne idée est loin de régler le problème.
Une usine de dessalement produit de l'eau potable.
Bon, amis et amies lecteur·ices, notre équipe de journalistes a enquêté pour vous sur cette fameuse idée : « On va manquer d’eau ? Pas de panique, il suffit de dessaler l’eau de mer ! » Comme ça, la prochaine fois que vous croiserez une personne un peu trop techno-solutionniste, vous aurez quelques arguments solides, et un article à l’appui, pour lui expliquer pourquoi cette fausse bonne idée est loin de régler le problème.
Une usine de dessalement produit de l'eau potable.
Elle produit aussi, à volume égal, de la saumure ultra-concentrée, des rejets thermiques et un cocktail de produits chimiques.
Tout repart à la mer.
En France et même ailleurs, personne n’en mesure vraiment les conséquences.

Une usine de dessalement, c’est deux tuyaux. Un qui entre, un qui sort.
Une usine de dessalement, c’est deux tuyaux. Un qui entre, un qui sort.
Le premier pompe de l’eau de mer.
Le second rejette de la saumure, c’est-à-dire une eau saturée en sel, à des concentrations deux fois supérieures à celles du milieu naturel.
Pour chaque mètre cube d’eau potable produit, environ un mètre cube de saumure repart dans l’océan.
À l’échelle des grandes installations, cela représente des millions de mètres cubes de rejet par jour.
Frédéric Ducarme, écologue au Muséum National d’Histoire Naturelle et à l’Université de Mayotte, pose le cadre : « On ne se rend pas compte que le sel, c’est un des pires poisons pour les animaux aquatiques. »
Frédéric Ducarme, écologue au Muséum National d’Histoire Naturelle et à l’Université de Mayotte, pose le cadre : « On ne se rend pas compte que le sel, c’est un des pires poisons pour les animaux aquatiques. »
Ce n’est pourtant pas ce qu’on entend le plus souvent quand on parle de dessalement.
Le sel, poison naturel
L’argument industriel est connu : Le sel est un produit naturel, il vient de la mer, il y retourne. Frédéric Ducarme le réfute point par point. « C’est la concentration qui fait le poison. »
Un kilo de gros sel dans une mare suffit à stériliser l’ensemble en quelques heures : plantes, animaux, bactéries.
Le sel, poison naturel
L’argument industriel est connu : Le sel est un produit naturel, il vient de la mer, il y retourne. Frédéric Ducarme le réfute point par point. « C’est la concentration qui fait le poison. »
Un kilo de gros sel dans une mare suffit à stériliser l’ensemble en quelques heures : plantes, animaux, bactéries.
Il reste parfois quelques algues très tolérantes.
C’est tout.
En mer, le même mécanisme s’applique, à une autre échelle.
La posidonie méditerranéenne en est l’exemple le plus documenté.
La posidonie méditerranéenne en est l’exemple le plus documenté.
Cet herbier sous-marin structure l’ensemble de l’écosystème côtier.
Il produit de l’oxygène, abrite des centaines d’espèces, fixe les sédiments, atténue les vagues.
Or, sa niche écologique en termes de salinité est extrêmement étroite.
Quelques dixièmes de point au-dessus du seuil habituel suffisent à empêcher son développement.
« Cela suffit à ce que la posidonie ne puisse pas pousser », précise Frédéric Ducarme. « Imaginez si vous avez une grosse usine de dessalement qui produit de la saumure en permanence par millions de mètres cubes. »

En Méditerranée, la menace est amplifiée par la morphologie de la mer. Les courants y sont faibles. Les marées, quasi inexistantes.
« Cela suffit à ce que la posidonie ne puisse pas pousser », précise Frédéric Ducarme. « Imaginez si vous avez une grosse usine de dessalement qui produit de la saumure en permanence par millions de mètres cubes. »
En Méditerranée, la menace est amplifiée par la morphologie de la mer. Les courants y sont faibles. Les marées, quasi inexistantes.
Le plateau continental est parfois très long et peu profond, notamment en mer Adriatique. Résultat : La saumure ne se dissout pas, elle stagne. Elle s’accumule.
La salinité du milieu augmente progressivement, sans retour possible à court terme.
Dans le golfe Persique, où se concentrent certaines des plus grandes usines du monde dans une mer quasi fermée, le phénomène est déjà massif. «
Dans le golfe Persique, où se concentrent certaines des plus grandes usines du monde dans une mer quasi fermée, le phénomène est déjà massif. «
C’est en train de vraiment vitrifier toute la vie marine », observe Frédéric Ducarme.
Une vingtaine de produits chimiques, zéro étude d’impact
La saumure n’est pas le seul problème. Une usine de dessalement mobilise en permanence une vingtaine de réactifs chimiques : antitartres pour éviter le colmatage des membranes, biocides pour tuer les organismes marins qui colonisent les tuyaux d’entrée, agents de nettoyage des circuits. Ces produits se retrouvent dans les effluents rejetés.
Le problème, c’est que l’eau de mer n’est pas une ressource inerte. C’est un milieu vivant. Un litre d’eau de mer contient des millions d’organismes : plancton, bactéries, larves.
Une vingtaine de produits chimiques, zéro étude d’impact
La saumure n’est pas le seul problème. Une usine de dessalement mobilise en permanence une vingtaine de réactifs chimiques : antitartres pour éviter le colmatage des membranes, biocides pour tuer les organismes marins qui colonisent les tuyaux d’entrée, agents de nettoyage des circuits. Ces produits se retrouvent dans les effluents rejetés.
Le problème, c’est que l’eau de mer n’est pas une ressource inerte. C’est un milieu vivant. Un litre d’eau de mer contient des millions d’organismes : plancton, bactéries, larves.
Dès que le tuyau de prélèvement pompe en continu, les espèces sessiles colonisent l’intérieur. Éponges, huîtres, gorgones s’y installent avec enthousiasme.
Pour éviter le colmatage, il faut donc chlorer en permanence, nettoyer régulièrement, remplacer les pièces détériorées.
Pour éviter le colmatage, il faut donc chlorer en permanence, nettoyer régulièrement, remplacer les pièces détériorées.
Chaque étape génère des résidus chimiques supplémentaires dans les effluents.

Or, selon Patrick Roux, coauteur du rapport commandé par le ministère de la Transition écologique, il n’existe quasiment pas d’études scientifiques rigoureuses sur les impacts à long terme de ces rejets. « On a été surpris de ne pas trouver d’études scientifiques avec des exemples, avec des faits étayés », confirme-t-il.
En cause : personne ne semble motivé pour financer de telles études.
Or, selon Patrick Roux, coauteur du rapport commandé par le ministère de la Transition écologique, il n’existe quasiment pas d’études scientifiques rigoureuses sur les impacts à long terme de ces rejets. « On a été surpris de ne pas trouver d’études scientifiques avec des exemples, avec des faits étayés », confirme-t-il.
En cause : personne ne semble motivé pour financer de telles études.
Ni les industriels, qui n’y ont pas intérêt.
Ni les États, qui préfèrent ne pas savoir.
Ce qu’on ne mesure pas ne dérange personne
L’absence de données n’est pas un oubli.
Ce qu’on ne mesure pas ne dérange personne
L’absence de données n’est pas un oubli.
C’est une structure.
Les pays qui dessalent le plus, Arabie Saoudite, Émirats, Koweït, ne sont pas ceux qui produisent le plus de recherche indépendante en écologie marine. Israël, grand pays du dessalement et nation universitaire, ne finance pas davantage ce type de recherche. Les industriels opèrent dans un vide scientifique qui leur est confortable.
En France, ce vide prend une forme réglementaire précise. Il n’existe aucun cadre national fixant les obligations de suivi environnemental pour les usines de dessalement. Les autorisations relèvent de la police de l’eau locale, avec des niveaux d’exigence hétérogènes.
La question de fond n’est donc pas seulement technique ou économique. Elle est écologique et politique. Peut-on extraire de l’eau de mer à grande échelle, concentrer les résidus et les renvoyer dans le même milieu, sans en cartographier sérieusement les conséquences ? Peut-on multiplier les installations sur un littoral méditerranéen déjà fragilisé par le réchauffement, l’acidification et la surpêche, sans études d’impact sérieuses ?
En 2050, 90 % du territoire français sera en stress hydrique.
En France, ce vide prend une forme réglementaire précise. Il n’existe aucun cadre national fixant les obligations de suivi environnemental pour les usines de dessalement. Les autorisations relèvent de la police de l’eau locale, avec des niveaux d’exigence hétérogènes.
La question de fond n’est donc pas seulement technique ou économique. Elle est écologique et politique. Peut-on extraire de l’eau de mer à grande échelle, concentrer les résidus et les renvoyer dans le même milieu, sans en cartographier sérieusement les conséquences ? Peut-on multiplier les installations sur un littoral méditerranéen déjà fragilisé par le réchauffement, l’acidification et la surpêche, sans études d’impact sérieuses ?
En 2050, 90 % du territoire français sera en stress hydrique.
La mer, elle, sera là. Mais ce qu’elle contiendra dépend encore des choix qu’on fait maintenant.
🚨 L’heure est grave.
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Cette multinationale se nomme Pierre Fabre, l’entreprise derrière la polémique A69.
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