« Signaux d’alarme », « désastre sécuritaire », besoin de « forces supplémentaires »… quand Israël se déchire sur la guerre.

« Signaux d’alarme », « désastre sécuritaire », besoin de « forces supplémentaires »… quand Israël se déchire sur la guerre.

Du chef d’état-major de Tsahal à l’opposition politique à Benyamin Netanyahou, Israël est en plein flou sur le futur de la guerre lancée par l’État hébreu sur plusieurs fronts.

Des soldats israéliens pleurent lors des funérailles du sergent-chef Ori Greenberg, âgé de 21 ans. (Odd ANDERSEN / AFP)

Publié le 26 mars 2026

Israël a-t-elle encore les moyens de la Guerre de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou ? La question est brûlante en Terre promise ce jeudi soir. Les « Red Flags » s’accumulent ces dernières heures dans le jardin de Beit Aghion, la résidence du Premier ministre israélien.


En premier lieu, l’inquiétude monte du côté de Tsahal, l’armée, fer de lance de la politique israélienne dans ces différents conflits intérieurs et extérieurs de ces derniers mois. Lors d’une réunion nocturne du cabinet, le chef d’état-major de Tsahal, Eyal Zamir, a averti que l’armée approchait de ses limites, ses forces étant détournées vers un autre front en pleine escalade : les exactions des colons juifs en Cisjordanie.

« Tsahal est en train de se diriger vers un effondrement interne », aurait même déclaré le lieutenant-général Eyal Zamir, selon le quotidien Haaretz, lors d’une réunion du cabinet de sécurité, structure gouvernementale restreinte habilitée à prendre des décisions diplomatiques et stratégiques urgentes.

« Je tire dix signaux d’alarme », aurait-il ajouté, « les réservistes ne tiendront pas » et l’armée « a besoin maintenant d’une loi sur la conscription », aurait-il ajouté, en référence à une loi permettant d’enrôler les juifs ultra-orthodoxes, largement exemptés de service militaire.

Cette loi correspond à une demande d’une très large majorité de la population qui ne supporte plus l’exemption dont bénéficient les « harédim » (« craignants Dieu » en hébreu) alors que les réservistes enchaînent les périodes sous les drapeaux depuis la guerre déclenchée par l’attaque en Israël du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre 2023.
Mais Benyamin Netanyahou, tributaire de ses alliés des partis ultra-orthodoxes pour se maintenir au pouvoir, a jusqu’ici usé de tous les moyens pour repousser l’adoption d’un tel texte.

C’est dans ce contexte que l’opposition israélienne a signalé jeudi la fin du consensus politique sur la conduite de la guerre régionale déclenchée par le Premier ministre Benyamin Netanyahou avec les États-Unis en attaquant l’Iran, et pour laquelle l’armée dit désormais ouvertement avoir besoin de plus de combattants. « Je veux mettre en garde les citoyens d’Israël, nous sommes au bord d’un nouveau désastre sécuritaire », a averti solennellement le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, à la tête du parti de centre droit Yesh Atid (« Il y a un avenir »), au 27e jour du conflit.

L’armée israélienne a besoin de « forces supplémentaires » sur le front libanais et d’une manière générale pour pouvoir assurer l’ensemble de ses « missions », a déclaré en écho jeudi soir son porte-parole, mentionnant plusieurs théâtres d’opérations comme Gaza, la Syrie ou encore la Cisjordanie.

« L’éventail des missions (de l’armée) s’est élargi (notamment) en Judée-Samarie (Cisjordanie occupée, NDLR). Sur le front du Liban, la zone défensive avancée que nous mettons en place exige des forces supplémentaires », a affirmé le général de brigade Effie Defrin lors d’un point de presse télévisé.

« Dans la bande de Gaza aussi (…) des forces supplémentaires sont nécessaires. Nous combattons également en Syrie (…) et nous devons nous préparer à de futures missions. Pour cela, il faut davantage de soldats combattants », a ajouté l’officier en réponse à une question sur un avertissement qu’aurait adressé le chef d’état-major au pouvoir politique sur l’état de ses troupes

Yair Lapid, qui comme l’ensemble de la classe de la politique israélienne avait soutenu sans réserve l’attaque américano-israélienne du 28 février contre la République islamique, largement perçue en Israël comme une menace existentielle pour la survie de l’État hébreu. « Tsahal est poussée à bout, au-delà de ses limites », a déclaré le premier opposant à « Bibi », en accusant le gouvernement de laisser « l’armée blessée, abandonnée sur le champ de bataille ». « Le gouvernement envoie l’armée combattre (…) sur plusieurs fronts sans stratégie, sans les moyens nécessaires et avec beaucoup trop peu de soldats », a-t-il ajouté, avant d’insister : les réservistes « sont exténués ».

« Le gouvernement ne gagne nulle part, ni au Liban, ni à Gaza (… ) En Iran, nous verrons », a déclaré pour sa part l’autre opposant notoire au gouvernement, Naftali Bennett, sur le plateau de la chaîne de télévision N12, un peu moins véhément. « Notre objectif principal en Iran était de démanteler le programme nucléaire mais il y a encore 460 kg d’uranium enrichi en Iran », a ajouté Naftali Bennett, que les sondages donnent comme le mieux à même de battre Netanyahou à six mois de la date limite pour la tenue des législatives.
Le service militaire obligatoire pour tous, condition sine qua non pour l’opposition

« Nous avons établi un État ultra-orthodoxe à l’intérieur de l’État d’Israël », a-t-il ajouté, appelant lui aussi à l’adoption rapide d’une loi de conscription universelle qui serait une solution provisoire.

Même son de cloche du chef de l’alliance de gauche Les Démocrates, Yaïr Golan, ancien chef d’état-major adjoint, qui a accusé la coalition gouvernementale, tiraillé entre ses alliés d’extrême droite et ultra-orthodoxes d’« abandonner la sécurité d’Israël en temps de guerre pour de petites manœuvres politiques » et de « mettre en péril la sécurité de l’État ».

« La mise en œuvre de la loi sur le service militaire obligatoire pour tous est l’exigence du moment, c’est un impératif de conscience, elle seule ramènera Israël sur le droit chemin », a déclaré sur X, Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major et chef d’un parti de centre-droit.

Benyamin Netanyahou n’est finalement plus soutenu que par une opinion. Selon un sondage publié jeudi soir par la chaîne N12, 60 % des Israéliens soutiennent la poursuite de la guerre contre l’Iran, et 67 % celle des combats contre le Hezbollah au Liban. Mais pour combien de temps alors que Tsahal commencent à perdre des troupes au Liban.



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