Le taux de chômage au Maroc recule à 10,8 %... L'emploi s'est-il amélioré ou la méthode de calcul des indicateurs a-t-elle changé ?

 Le taux de chômage au Maroc recule à 10,8 %... L'emploi s'est-il amélioré ou la méthode de calcul des indicateurs a-t-elle changé ?



Publié le 26 mai 2026

L'annonce par le Haut-Commissariat au Plan que le taux de chômage au Maroc était tombé à 10,8 % a suscité de nombreuses interrogations et débats, d'autant plus que ce taux avait atteint environ 13 % en 2025. 

De nombreuses personnes se sont alors demandées si cette évolution reflétait une réelle amélioration du marché du travail ou simplement un changement dans la méthode de calcul des indicateurs.

Contrairement au nouveau taux de chômage, le Haut-Commissariat au Plan a mis en avant un autre indicateur relatif à ce que l'on appelle « l'incomplétude de la main-d'œuvre », qui a atteint 22,5 %. 
Cet indicateur a été jugé par l'économiste Ali Ghanbouri comme un reflet plus fidèle de la situation réelle du marché du travail marocain.

Cet indice, selon l'expert cité dans une déclaration à « Safircom », inclut les chômeurs, ceux qui travaillent moins d'heures qu'ils ne le souhaiteraient, et les groupes proches du marché du travail mais non intégrés de manière effective, notamment parmi les jeunes et les femmes.
La modification de la méthode de calcul suscite la controverse

L'expert a également expliqué que la baisse enregistrée ne pouvait être interprétée indépendamment du changement de méthodologie adopté par le Haut-Commissariat au Plan pour mesurer le chômage. Il a considéré qu'il s'agissait avant tout d'une modification technique de la méthode statistique plutôt que d'un changement fondamental de la réalité économique et sociale.

Al-Ghanbouri a révélé que la nouvelle méthodologie repose désormais sur trois critères essentiels pour considérer une personne comme chômeuse : être sans emploi, être prêt à travailler et rechercher activement un emploi. Il a ajouté que toute personne ayant perdu espoir de trouver du travail ou ayant temporairement cessé ses recherches n’est plus considérée comme chômeuse, même si elle peut encore faire face à un manque d’opportunités d’emploi.

L'économiste a confirmé que cet ajustement avait directement entraîné une réduction du nombre de chômeurs dans les statistiques officielles et, par conséquent, une baisse du taux de chômage déclaré. Il a expliqué que « ces nouveaux chiffres ne signifient pas nécessairement que le marché du travail s'est significativement amélioré. Ils reflètent plutôt un resserrement des critères de calcul. »
Le marché du travail et la qualité de l'emploi sont au cœur des défis.

Al-Ghanbouri estime que ce chiffre témoigne de l'ampleur du problème lié à la faiblesse de la création d'emplois, à la précarité de l'emploi et à la difficulté d'intégrer économiquement de larges pans de la société. Il a souligné que « le problème actuel ne se limite pas au chômage classique, mais concerne également la qualité et la sécurité de l'emploi ».

L'économiste a souligné que modifier la méthode de calcul du chômage n'est pas en soi négatif, surtout si l'objectif est d'harmoniser les normes nationales avec les références internationales. Il a toutefois insisté sur la nécessité d'un débat public clair et ouvert afin d'éviter que les nouveaux chiffres ne soient présentés comme le reflet d'une amélioration générale de la situation sociale.

Il a ajouté que le véritable défi consiste à traduire ces données en politiques économiques et sociales efficaces, capables de créer de véritables opportunités d'emploi et d'améliorer les conditions de vie de ceux qui sont encore en dehors du marché du travail, notamment compte tenu de la hausse des taux de chômage ces dernières années.

Al-Ghanbouri a conclu en soulignant que l’amélioration des indicateurs statistiques doit s’accompagner d’une amélioration concrète des conditions de vie des citoyens. Car « l’objectif fondamental n’est pas d’embellir les chiffres, mais de construire une économie capable d’offrir des perspectives de dignité et de stabilité à la jeunesse marocaine ».

Par : Omar Labshirit


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