Un scandale qui n'a pas de non encore découvert ce du mardi : Un « rond-point » le plus cher de l'histoire marocaine… 2800 milliards de centimes.

Un scandale qui n'a pas de non encore découvert ce du mardi : Un « rond-point » le plus cher de l'histoire marocaine… 2800 milliards de centimes.



Publié le 26 mai 2026.

Le bélier sacrificiel que les Marocains immoleront demain, mercredi, pour ceux qui en ont les moyens, leur a coûté des milliards de dirhams. 
Plus précisément, son coût a atteint 2 800 milliards de centimes, soit le montant total dépensé par le gouvernement d’Aziz Akhannouch en subventions pour la viande, les ovins et les bovins, directes et indirectes, auxquelles s’ajoutent 6,2 milliards de dirhams alloués au programme de « Restructuration du cheptel national ».

Ces chiffres sont désormais accessibles aux Marocains. Le premier, 2 800 milliards de centimes, comprend les aides directes (500 dirhams par tête de bétail), les aides indirectes (exonération des droits de douane à l’importation) et les subventions à l’alimentation animale. 

Ces chiffres sont apparus dans une enquête du journaliste Youssef El Hirch, publiée dans le magazine « Milafat ». Le second, 6,2 milliards de dirhams, figurait dans la présentation du ministre de l’Agriculture relative à la restructuration du cheptel national.

À ce jour, le gouvernement n'a ni réfuté les chiffres présentés dans l'enquête journalistique, ni pris la défense de ses positions. 
Même le président de la Chambre des représentants, Talbi Alami, figure de proue du Rassemblement national des indépendants, a feint d'ignorer l'enquête et a présenté un chiffre erroné concernant le budget d'investissement du Maroc, alors même que le budget de l'État est examiné par la Chambre des représentants.

Nous ne pouvons que croire aux conclusions de l'enquête journalistique. Premièrement, parce que le gouvernement ne les a pas démenties, malgré les répercussions importantes de l'enquête et l'ampleur des pertes engendrées par ce scandale. Deuxièmement, parce qu'il n'a pas daigné rassurer les Marocains quant au sort de leurs impôts, ni prendre la moindre mesure pour défendre sa réputation, à quelques semaines des élections. 
C'est là le comble du mépris pour l'opinion publique.

Deuxièmement, nous ne pouvons que croire aux conclusions de l'enquête, car nous savons comment le gouvernement a réagi lorsque le scandale a éclaté, d'abord au sein de la Chambre des représentants, et comment il a eu recours à tous les stratagèmes possibles pour entraver l'enquête parlementaire. Nous savons également comment le ministre de la Justice a insisté pour exclure les organisations de la société civile de la représentation du public dans les affaires de corruption et de pots-de-vin.
Si le gouvernement était véritablement honnête, il aurait été le premier à soutenir la création d'une commission parlementaire d'enquête.

La tragédie pour les Marocains sous le gouvernement d'Aziz Akhannouch est que, depuis quatre ans, ce dernier engraisse le marché du bétail sous couvert de subventions sur la viande et les prix des animaux sacrificiels. Les prix de la viande n'ont pas baissé et les Marocains n'ont pas pu se permettre d'acheter des moutons pour le sacrifice. De plus, ils ont été contraints de financer la reconstitution du cheptel national avec leurs impôts, après le gaspillage de 2,8 milliards de dirhams en quatre ans. L'année dernière, ils n'avaient pas les moyens d'abattre leurs animaux sacrificiels et, cette année, le bétail a disparu des marchés lorsque les Marocains s'y sont précipités pour acheter les moutons promis par le ministre de l'Agriculture, dont le prix annoncé était de 2 000 dirhams.

Il s'agit du double sacrifice le plus coûteux de l'histoire de l'Aïd al-Adha au Maroc. Ce bélier, que les Marocains immoleront, a coûté une fortune aux contribuables, et ce scandale à lui seul aurait suffi à faire tomber n'importe quel gouvernement.

Mais le plus dangereux dans tout cela, ce n'est pas seulement le montant des dépenses, ni la façon dont des milliards de dirhams se sont évaporés au milieu de slogans comme « soutenir le pouvoir d'achat » et « préserver le cheptel national », mais le plus dangereux, c'est le sentiment collectif qui s'est enraciné chez les Marocains que les affaires de l'État sont gérées selon la logique des « fraqshiya » elles-mêmes : beaucoup d'ambiguïté, beaucoup d'intermédiaires, beaucoup de privilèges et très peu de responsabilité.

L'histoire des subventions accordées aux importations d'ovins et de bovins est devenue le reflet de la nature des politiques publiques menées au Maroc ces dernières années. Au lieu de rechercher des solutions structurelles à la crise du secteur agricole, à la sécheresse et à la flambée des prix des aliments pour animaux, le gouvernement a opté pour la facilité : inonder les importateurs de fonds publics, espérant ainsi apaiser temporairement les tensions sociales. Mais le résultat fut désastreux ; le prix de la viande a continué d'augmenter, et l'abattage d'animaux est devenu un cauchemar pour des milliers de familles, tandis que les intermédiaires amassaient d'énormes profits sous couvert de « subventions ».

Dans les pays qui respectent les contribuables, le simple soupçon de détournement de quelques millions de dirhams suffit à déclencher des enquêtes et à responsabiliser les gouvernements sur les plans politique et moral. Ici, en revanche, nous sommes confrontés à des milliards de dirhams dépensés au nom des Marocains, pour ensuite disparaître dans un silence assourdissant, comme s'il s'agissait d'argent sans propriétaire. Personne n'a expliqué aux Marocains comment cet argent a été dépensé, qui en a bénéficié, quels critères ont été appliqués, ni pourquoi les subventions n'ont pas atteint leurs objectifs initiaux.

Pire encore, le gouvernement ne semble pas se soucier de justifier ses échecs. Aucune reconnaissance des erreurs, aucune évaluation des résultats, aucun remords politique ou moral. C'est comme si l'on attendait des Marocains qu'ils paient et se taisent, pour ensuite devoir payer à nouveau afin de réparer les dégâts causés par ces mêmes politiques. Après des milliards de subventions, le gouvernement demande maintenant des fonds pour « remodeler le cheptel national », comme si ce qui s'est passé ces quatre dernières années n'était qu'un accident sans lien avec ses choix.

Il ne s'agit pas seulement d'un scandale lié aux moutons, aux bovins et à la viande. C'est le symptôme d'une crise plus profonde dans la gestion des fonds publics au Maroc. Cette crise donne l'impression que l'État est d'une générosité suspecte envers les lobbies importateurs et spéculatifs, tout en se montrant extrêmement avare lorsqu'il s'agit de dépenses sociales directes pour ses citoyens. 

Le citoyen même à qui l'on demande de se serrer la ceinture, de supporter la hausse des prix et de payer ses impôts est celui qui finit par découvrir que son argent est somptueusement dépensé au profit de réseaux de corruption et de privilèges.

Par conséquent, la question ne se limite plus au sacrifice d'un bélier, mais soulève un enjeu plus vaste : celui des relations entre l'État et les fonds publics, et des limites de la confiance entre les citoyens et les institutions. Lorsque les citoyens ont le sentiment que leurs impôts sont détournés au profit d'une poignée de privilégiés, le plus grand danger n'est pas l'animal sacrifié, mais la confiance qui subsiste dans la politique et dans l'État lui-même.

Par : Omar Labshirit


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