Leçons que les États-Unis ne doivent pas oublier.

Leçons que les États-Unis ne doivent pas oublier.
Publié le 15/02/2026 


Les guerres oubliées de l’Amérique montrent qu’une confrontation militaire avec l’Iran serait plus longue, plus coûteuse et plus imprévisible que Washington ne le reconnaît.

Dans le climat tendu actuel, certaines voix à Washington évoquent à nouveau l’option militaire contre l’Iran. C’est comme si l’expérience des deux dernières décennies avait été reléguée au second plan et que la mémoire stratégique américaine s’était évanouie. L’action militaire peut paraître simple dans les cercles de réflexion, mais la réalité est toujours tout autre. 
Avant toute décision, il est nécessaire de se pencher sur le passé et d’analyser les résultats des interventions militaires américaines dans la région ainsi que leur coût pour le pays.

Après les attentats du 11 septembre, les États-Unis sont intervenus en Afghanistan sous prétexte de lutter contre le terrorisme. 
Le gouvernement taliban s’est effondré rapidement, et l’impression d’une victoire rapide s’est imposée. Mais ce qui a suivi fut une guerre d’usure qui a duré vingt ans. Des milliers de soldats américains furent tués ou blessés, et des centaines de milliards de dollars furent dépensés. Finalement, Washington fut contraint de négocier avec les mêmes talibans et, dans une scène encore gravée dans les mémoires, retira précipitamment ses forces de Kaboul et leur restitua le pouvoir. Ce fut la fin d'une guerre coûteuse qui n'apporta aucun avantage stratégique tangible aux États-Unis.

En Irak également, un scénario similaire se répéta. Les États-Unis attaquèrent le pays sous prétexte d'éliminer les armes de destruction massive et de renverser le gouvernement de Saddam. Mais après la chute de Bagdad, l'Irak sombra dans une phase d'instabilité et de conflits internes qui dura des années. Le coût humain et financier de cette guerre fut également considérable et remit en question la légitimité internationale des États-Unis. 


Plus important encore, la nouvelle structure politique irakienne se mit en place de manière à établir des relations étroites avec l'Iran. 

Le résultat final pour Washington ne fut pas un pays devenu une base fiable pour son influence, mais un Irak qui, dans de nombreux calculs régionaux, se rapprocha de Téhéran.

Ces deux expériences démontrent qu'une guerre contre un pays n'est pas synonyme de victoire durable. 


En Afghanistan et en Irak, les États-Unis ont été confrontés à la réalité : La puissance militaire, aussi importante soit-elle, ne peut à elle seule façonner l'avenir politique d'une nation. Dès lors, on peut se demander pourquoi certains imaginent que l'Iran serait une cible plus facile que ces deux pays.


L'Iran n'est pas un adversaire facile.

L'Iran est un pays doté d'une population importante et d'une structure politique consolidée. 

Quatre décennies de pressions et de sanctions l'ont contraint à renforcer ses capacités internes et à développer des moyens de dissuasion. 

La puissance balistique iranienne et sa profondeur stratégique dans la région font partie intégrante de cette réalité. 


Toute action militaire contre un tel pays entraînera une riposte susceptible d'étendre le conflit. L'idée d'une guerre courte et peu coûteuse contre l'Iran est incompatible avec la réalité du terrain.

L'Iran n'est pas qu'un simple territoire, il possède un réseau de relations politiques et sécuritaires dans la région. 

Ces liens impliquent que toute confrontation directe peut prendre une ampleur considérable. 


En Afghanistan et en Irak, les États-Unis ont affronté des groupes dont les capacités militaires étaient incomparables à celles d'un État établi, et pourtant, même ces guerres se sont enlisées dans des conflits interminables. Aujourd'hui, il s'agit d'affronter un pays doté d'une structure défensive cohérente et d'une longue expérience en matière de gestion de crise. 

Une telle confrontation pourrait engendrer des coûts bien supérieurs aux estimations initiales.

Sur le plan économique également, les États-Unis sont confrontés à de nombreux défis internes. 

Un endettement public élevé et de profondes divisions sociales fragilisent leur situation intérieure. S'engager dans une nouvelle guerre exige des ressources financières considérables et exerce une pression supplémentaire sur l'économie. 


L'expérience des deux guerres précédentes a démontré que même la puissance économique américaine n'est pas à l'abri des conséquences des conflits prolongés. À l'heure où la compétition avec les autres grandes puissances est une priorité de la politique étrangère de Washington, l'ouverture d'un nouveau front au Moyen-Orient risque de perturber la stratégie américaine.

Il convient également de noter que l'opinion publique américaine est moins favorable aux guerres lointaines qu'il y a vingt ans. Le souvenir des cercueils rapatriés et des coûts exorbitants reste vivace. Toute décision d'attaquer l'Iran soulèvera de sérieuses questions aux États-Unis. 

Les responsables politiques américains doivent expliquer quel est l'objectif ultime et comment ils comptent éviter que les scénarios afghan et irakien ne se reproduisent.

L'Iran a démontré que face aux pressions extérieures, il adopte une stratégie de résistance. Les sanctions massives n'ont pas réussi à contraindre ce pays à la soumission et ont au contraire favorisé le développement de ses propres capacités. 

Par conséquent, espérer qu'une attaque militaire puisse briser la volonté politique de l'Iran est contraire à l'expérience passée. Toute confrontation directe accroît le risque d'une guerre d'usure, dont il serait difficile pour les États-Unis de se sortir.

L'avertissement d'aujourd'hui nous invite à revoir nos calculs. Si les États-Unis recherchent la stabilité régionale et la préservation de leurs intérêts, ils doivent tirer les leçons amères du passé. 

L'Afghanistan a montré que le renversement d'un gouvernement n'est que le début d'un long et coûteux processus. 

L'Irak a montré qu'un changement de régime n'entraîne pas nécessairement la formation d'un allié docile. Une guerre contre l'Iran pourrait s'avérer plus complexe et plus coûteuse que ces deux expériences. L'Iran est le principal rival auquel les États-Unis seraient confrontés dans la région, et s'attaquer à un tel adversaire comporte des conséquences imprévisibles.


En définitive, la rationalité stratégique exige que la voie de la diplomatie et du dialogue soit privilégiée par rapport à l'option militaire. Le monde d'aujourd'hui a plus que jamais besoin de stabilité, et une nouvelle guerre ne ferait qu'accroître l'instabilité. En tirant les leçons du passé, les États-Unis peuvent éviter de sombrer dans une nouvelle crise. Une attaque contre l'Iran ne rehausserait pas le prestige de Washington et n'apporterait pas une sécurité durable. 


Elle risque plutôt d'entraîner la répétition d'un cycle de coûts et d'usure dont il faudrait des années pour sortir. La décision la plus sage est d'empêcher tout simplement que ce cycle ne commence.



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