« Personne ne sera satisfait » : Todd Blanche, l'homme de Trump au cœur de l'affaire Epstein.

« Personne ne sera satisfait » : Todd Blanche, l'homme de Trump au cœur de l'affaire Epstein.


Todd Blanche est la personne de confiance de Donald Trump. © STF / AFP
Olivier O'Mahony, correspondant à Washington


Publié le 17 février 2026 

L'AMÉRIQUE (ET LE MONDE) SELON DONALD TRUMP 

- C'est lui qui, au département de la Justice des États-Unis, est chargé de gérer le dossier Epstein. Une mission impossible qui lui vaut beaucoup d'ennemis.

«Il y a une telle soif d'informations que personne ne sera satisfait, et je ne peux rien y faire... » En annonçant, ce 30 janvier, la publication de 3,5 millions de documents concernant l'affaire Epstein, Todd Blanche, le numéro deux du département de la Justice des États-Unis, ne se fait aucune illusion. Il est le visage de l'administration Trump dans la gestion de ce dossier. 
C'est une mission impossible, et il le sait.

Peu importe pour lui qui doit tout au président. Les deux hommes se sont découverts... au téléphone le 12 février 2023. « Bonjour Todd, c'est Donald Trump », a alors lancé celui qui est candidat à sa réélection. Ce dimanche après-midi, Blanche se repose après une journée de ski au Colorado, l'État où il a grandi. Il s'apprête à regarder le Super Bowl à la télévision. Il est tellement surpris par l'appel du milliardaire qu'il met le téléphone sur haut-parleur, pour que sa femme et ses enfants écoutent en direct la conversation. Quand, trois semaines plus tard, les deux hommes se retrouvent à table à Mar-a-Lago, l'ancien et futur président sort le grand jeu. Séducteur, il fourmille d'anecdotes. Il veut absolument l'embaucher. Son conseiller Boris Epshteyn lui a assuré que c'est l'homme qu'il lui faut.

Todd Blanche a réussi à éviter des années de prison à Paul Manafort, l'ancien directeur de campagne de Trump en 2016, qu'il a défendu. C'est un pro, pas très célèbre, mais connu pour son sérieux et sa capacité à bosser les dossiers. Exactement ce dont Trump a besoin dans le dossier Stormy Daniels, face à Alvin Bragg, le redoutable procureur de New York. Il lui propose donc de diriger son équipe légale. Blanche accepte. « Nous avons tout de suite accroché », explique-t-il début 2024 au New York magazine. « C'est un homme énigmatique, intéressant. Tout le monde dans ce pays, et même dans le monde entier, a une opinion sur lui. 

Certains ont peut-être raison, d'autres ont peut-être tort, mais c'est vraiment un homme fascinant. Et pas seulement en raison de son passé en tant que président des États-Unis, mais aussi pour la vie qu'il a menée. »

Un outsider

Todd Blanche n'était pas prédestiné à une telle épopée. Il était encarté démocrate jusqu'en 2022. Il a voté pour Hillary Clinton en 2016, et versé une larme quand il l'a vue battue, selon le Financial Times. Mais, comme Trump, Blanche s'est toujours senti comme un outsider. Ses parents sont républicains et ne roulent pas sur l'or. 

Il grandit dans un quartier modeste de Denver, dans le Colorado. Il étudie dans un lycée militaire, prend des cours du soir pour finir son droit, n'a jamais fait les grandes écoles (Yale ou Harvard...), devient procureur dans les affaires de crimes violents et se fait apprécier par les flics et les enquêteurs de terrain, car contrairement à la plupart de ses pairs, il ne se la joue pas. Un jour, il entend Chuck Schumer, sénateur démocrate de l'État de New York, expliquer qu'en tant que « blanc hétérosexuel », sa route vers les sommets de la hiérarchie judiciaire n'est plus assurée. « Un choc », explique-t-il.

Marié, père de deux enfants, il part faire fortune dans le privé. 
Le voilà embauché chez Cadwalader, Wickersham & Taft, le plus ancien cabinet d'avocats des États-Unis (fondé en 1792), dont il gravit les échelons. 
En septembre 2017, il est nommé associé. Le graal dans sa profession. Sauf qu'il décide de tout quitter pour Donald Trump, qui lui propose de le rejoindre alors qu'il est au fond du trou et qu'il a du mal à trouver des défenseurs. Todd Blanche démissionne de son cabinet qui refuse d'associer son nom avec cet ex-président qui sent le soufre.

Il crée son entreprise, Blanche Law, avec une poignée de collaborateurs, et s'installe avec sa femme Kristine à West Palm Beach, pour être le plus près possible de Mar-a-Lago, et rappliquer à toute heure du jour et de la nuit si nécessaire. 

Il sait qu'il faut parfois contrecarrer les décisions impulsives de son client. Blanche arrive à bâtir un vrai rapport avec ce dernier. Il a conscience que tout au long de sa carrière de businessman, Trump a viré de nombreux avocats avant lui. Tenace, besogneux, Blanche fait preuve d'humilité et de sérieux quand il échange avec son client. L'attitude idéale pour tenir face à lui.
Il connaît la psychologie de Trump

Todd Blanche connaît parfaitement la psychologie de son client. Quand les agents de sécurité lui demandent de lui dire d'arrêter de pianoter sur son portable pendant les audiences du procès Stormy Daniels, ce qui est interdit par le règlement, il leur répond : « Dites-le-lui vous-même. » Au début, il a l'espoir d'obtenir un non-lieu. Il se dit qu'il arrivera bien à convaincre un des membres du jury. En vain : l'accusation est solide, et Trump est déclaré coupable des 34 chefs d'inculpation qui pesaient sur lui. Todd Blanche a perdu sa bataille. Il en ressort épuisé, déprimé par le résultat, et assez remonté contre le juge Juan Merchan qui l'a parfois remis à sa place de manière injuste, estime-t-il.

Mais ce n'est pas grave car Trump, qui était persuadé dès le départ qu'il serait condamné, ne lui en veut pas. Et surtout, Todd Blanche est désormais une star, reconnue dans la rue. À New York, les gens le regardent comme s'il était le diable, et il s'en contrefiche. À Palm Beach en revanche, il est célébré comme un héros. Sa cote monte. Surtout le soir de l'élection présidentielle, le 5 novembre 2024, quand Trump est triomphalement élu.

Le candidat victorieux a promis de se « venger » contre les juges qui ont failli l'envoyer en prison. Personne n'est donc surpris quand il propose à Todd Blanche le poste de ministre adjoint de la Justice. De nombreux détracteurs hurlent au conflit d'intérêt. 

Aucun président n'avait nommé son propre avocat à un poste si haut placé au département de la Justice. Les deux précédents les plus notables sont William French Smith, nommé attorney general (ministre de la Justice) par Ronald Reagan en janvier 1981 après avoir été son avocat personnel quand il était gouverneur de Californie, et Robert F. Kennedy imposé par son frère John F. Kennedy. Todd Blanche est théoriquement le numéro deux de Pam Bondi, la ministre en titre, mais on va vite comprendre que c'est lui qui tire les ficelles. 
Et qu'il n'a pas non plus complètement abandonné sa casquette d'avocat de Donald Trump. Notamment en ce qui concerne le dossier Epstein.

Il rencontre Ghislaine Maxwell dans sa prison de Floride

Après la bronca suscitée par l'annonce, début juillet 2025, du classement de l'affaire, il monte au créneau pour déminer la polémique. En août, il rencontre Ghislaine Maxwell dans sa prison de Floride pour l'interroger sur ce qu'elle sait. L'ex-rabatteuse du pédocriminel n'a jamais parlé. Sans surprise, elle lui confie que Trump n'a rien à se reprocher, ce qui lui vaut d'être transférée dans une autre prison beaucoup plus confortable.

Une pluie de critiques s'abat alors sur Todd Blanche : on n'a jamais vu un haut gradé du département de la Justice se déplacer en personne pour réinterroger une personne déjà condamnée, puis lui accorder un traitement de faveur en remerciement de sa coopération. Les victimes d'Epstein sont remontées. Elles bénéficient de relais à la Chambre des représentants, notamment chez deux élus républicains (Thomas Massie et Marjorie Taylor Greene, laquelle a démissionné de son poste en janvier dernier après s'être brouillée avec Trump). Le 19 novembre 2025, une loi est votée : elle oblige le département de la Justice à mettre sur la place publique tous les éléments du dossier Epstein.

C'est à Todd Blanche de superviser la délicate opération de censure des plus de 6 millions de documents que recèle le dossier Epstein, pour protéger les victimes. Il a la main lourde : au final, seuls 3,5 millions de documents sont mis sur la place publique. Ils sont compromettants pour beaucoup de monde : Jack Lang et sa fille Caroline sont obligés de démissionner de leurs postes, tout comme Kathryn Ruemmler, l'ex-directrice juridique de la banque d'affaires Goldman Sachs ou l'agent star de Hollywood Casey Wasserman.

Beaucoup trinquent – sauf Trump lui-même. Les victimes demeurent mécontentes, car au final, aucune nouvelle enquête n'est lancée. En annonçant la diffusion de ces millions de documents, Todd Blanche avait raison d'annoncer que tout le monde serait déçu : tant que les complices d'Epstein échappent aux poursuites judiciaires, personne ne pourra être satisfait.


 

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