Esclavage, le grand retour ?

Esclavage, le grand retour ?


Manquant d’une vraie définition juridique internationale, j’avais, il y a quelques années, tenté de cerner les contours de l’esclavage à partir de quatre éléments définissants. Quel que soit le lieu ou l’époque, l’esclave est généralement un « Autre » ou transformé en un autre, du fait de préjugés variés (physiques, culturels, religieux…) et à la suite de processus marqués par la violence et le marché. Il est totalement possédé – légalement ou de fait – par un « maître » pouvant en user comme il l’entend. Du fait de ces trois premiers caractères, l’humanité de l’esclave est en sursis, son « maître » pouvant le traiter comme un homme, un animal ou une chose. Plusieurs millions de personnes, de par le monde, sont sans doute, aujourd’hui, dans ce genre de situation.
Plus difficile à combattre
Cela ne veut pas dire que rien n’a changé. Grâce à l’action des abolitionnistes des XVIIIe et XIXe siècles, l’esclavage a été progressivement aboli en droit. Là où il subsiste ou se développe, ce ne peut donc être, dans la quasi-totalité des cas, que de manière illégale. Mais c’est aussi ce qui le rend plus difficile à combattre. Une convention internationale de 1926 considérait que l’esclavage revenait à exercer un droit de propriété ou ses attributs sur une personne.
Que faire lorsqu’il s’agit d’une possession de fait et non de droit ? 
Ce qui complique aussi les choses, ce sont les amalgames. Toute expérience mutilante de la liberté, contraignante ou dégradante, tend aujourd’hui à être qualifiée d’esclavagiste. 
Des salariés soumis à l’ubérisation de leur métier peuvent ainsi être qualifiés d’esclaves modernes. Mais les prolétaires de l’âge industriel, qui pouvaient travailler quatorze heures par jour, pour ne pas mourir de faim, et dont les enfants étaient emportés par une effrayante mortalité infantile, étaient-ils des esclaves ? Non.
Pour lutter contre les actuelles formes d’exploitation de l’homme, sans doute faut-il tenter de comprendre les mécanismes en jeu, les intérêts cachés, les préjugés tenaces. Sans doute faut-il aussi que le droit dise clairement les choses, à l’échelle internationale, afin de discerner ce qui relève ou non de formes de travail légales et légitimes. 
Un texte d’août 2013 permet, en France, de poursuivre le fait d’utiliser les services d’une personne en situation de vulnérabilité ou de dépendance contre une rémunération visiblement non raisonnable. 
La notion de rémunération renvoie au travail, forcé ou contraint. 
La situation de dépendance ou de vulnérabilité fait plutôt penser à une situation de nature esclavagiste. Le temps n’est-il pas venu de penser des catégories actualisées d’exploitation de l’homme ?

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