Facebook filtre notre connaissance du monde.

Facebook filtre notre connaissance du monde. ...

Les utilisateurs sont enfermés dans leurs convictions par les algorithmes dont se sert Facebook pour filtrer ce que nous lisons dans le fil de l’actualité
facebook

NUDITÉ. Censure de la photo d’un tableau historique (« L’origine du monde », toile célèbre de Gustave Courbet), sélection d’articles qui accentuent les partis pris : les internautes qui, par millions, s’informent par leurs « amis » sur Facebook, au lieu d’utiliser les médias classiques, doivent s’attendre à une information dévoyée, au dire des spécialistes.
Pour citer un exemple récent, Facebook  a censuré la photo célèbre d’une petite Vietnamienne nue, brûlée au napalm, cliché du photographe Nick Ut, au nom de sa politique contre la nudité des enfants. Critiqué dans le monde entier, Facebook a rétabli la photo et s’est engagé à prendre en compte, dorénavant, le « statut d’icône » des clichés historiques.
Cette polémique a mis à jour l’importance croissante de Facebook comme source d’information pour la majorité des internautes de par le monde.
51% des gens dans 26 pays s’informeraient par les réseaux sociaux, dont 44% par Facebook, et 12% en ont fait leur première source d’information, selon un sondage international du Reuters Institute (http://www.sciencesetavenir.fr/tag/reseaux-sociaux).
En France, un Français sur deux consulte Facebook, principalement sur son mobile, et arrive à y consacrer plusieurs heures par semaine. Aucun des innombrables utilisateurs ne trouve les mêmes infos dans son fil d’actualités (newsfeed) qui a pour fonction de compiler les messages de ses « amis », un mix de commentaires personnels et de nouvelles partagées, en provenance des grands médias, aussi bien que de blogs inconnus.
Impossible de tout lire parmi les milliers de messages ainsi produits : c’est donc Facebook, grâce à son algorithme, qui classe, pour chacun, ceux placés en tête de page, et donc ceux qui seront vus ; car l’utilisateur ne lit en moyenne que 200 des 2000 messages de son fil.
Deux personnes pourront avoir les mêmes 300 contacts, et pourtant elles n’auront pas du tout le même fil !
L’existence et les critères de ce tri sont le plus souvent ignorés des utilisateurs ; or ils ont changé sans cesse depuis 10 ans. Facebook a soudain décidé, en juin 2016, d’augmenter le nombre des messages personnels par rapport au partage d’articles, ce qui a réduit la place des médias classiques. Selon le réseau, l’ordre des posts est déterminé, (outre la chronologie), par trois critères clés :
---les interactions avec l’utilisateur et ses posts précédents (combien de « like », la durée de lecture, l’ouverture de liens, les commentaires, partages etc.,
---Le genre de medias (videos, powerpoint etc.,)
---Enfin, le succès du post auprès des autres utilisateurs.
Dès qu’on consulte  sa page Facebook, l’algorithme recalcule un « neewsfeed » (un fil d’actualités)  personnalisé : deux personnes ayant les mêmes 300 contacts n’auront pas du tout le même fil. Cette présentation personnalisée est ce pour quoi opteraient les utilisateurs en mode manuel, aux dires de Facebook, études à l’appui. D’où son succès.
Et pourtant Facebook peut censurer : les contenus allant à l’encontre de sa charte (nudité, pornographie, violence…), s’ils sont dénoncés par des utilisateurs, sont alors retirés, à l’exception des œuvres d’art. Facebook intervient de lui-même pour la pédophilie  ( http://www.sciencesetavenir.fr/tag/pedophilie) et la propagande terroriste (http ://www.sciencesetavenir.fr/tag/terrorisme).
Un pouvoir qui heurte les milieux politiques et culturels. « Qui contrôle Facebook ? » ont interrogé, dans Le Monde Manuel Alduy (ex-directeur du cinéma de Canal (http://www.sciencesetavenir.fr/tag/canal-plus) et la députée PS Karine Berger. « Qui vérifie, et, le cas échéant, sanctionne le filtrage de nos expériences par le géant américain ? Personne ! » dénoncent-ils, mettant en cause une « grille de valeurs morales ».
Une autre critique dénonce une information sans hiérarchie qui enferme les lecteurs dans leurs convictions. « Beaucoup de gens consultent Facebook sans se rendre compte  qu’ils s’informent comme cela. 

Et personne ne voit la même chose, alors que la page d’accueil du Monde est la  même pour tous » : c’est ce qu’indique Alice Antheaume, de l’Ecole de journalisme de Sciences-Po, tout en soulignant l’absence de transparence de l’algorithme. Elle nous avertit que son poids sur notre manière de nous informer pourrait aller jusqu’à jouer un rôle à l’aube des élections françaises ou américaines. 

Et, aux dires d’Arnaud Mercier, professeur spécialiste en communication, « Nous avons constaté des confusions dans la hiérarchisation des sources d’information entre les médias (http://www.sciencesetavenir.fr/tag/medias) et les blogs. Nous avons aussi constaté une très forte polarisation des contenus recommandés par Facebook » (http://www.sciencesetavenir.fr/tag/facebook) :
En cliquant sur certains contenus, au bout de 8 jours, on ne reçoit plus que des articles de la même tendance.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La CPI s’apprête à délivrer des mandats d’arrêt contre Ben Gvir & Smotrich, accusés d’apartheid.

“Mobilisation générale non déclarée” à Washington, Tel Aviv & Téhéran — Bientôt l’“heure H” ?.

Débâcle américano-israélienne, le Yémen & la Russie à la rescousse & panique sur le prix du baril.