Hiver exceptionnel : Des chutes de neige inédites redonnent espoir au Maroc.

Hiver exceptionnel : Des chutes de neige inédites redonnent espoir au Maroc.

Des images satellitaires révèlent l’ampleur du manteau neigeux, qui a recouvert plus de 55.400 km² du territoire national entre janvier 2025 et janvier 2026. © DGM

Publié le 17 janvier 2026

Entre décembre 2025 et janvier 2026, le Maroc a vécu un épisode climatique exceptionnel, tant par son intensité que par son étendue géographique. 

Des chutes de neige d’une ampleur inédite ont recouvert plus de 55.400 km² du territoire national, un phénomène rarissime qui marque une rupture nette avec sept années de sécheresse sévère ayant fortement fragilisé les ressources hydriques, les écosystèmes et l’agriculture. Explications.

Selon les données de la Direction générale de la météorologie (DGM), un tel manteau neigeux généralisé n’a plus été observé depuis près de deux décennies. Si les massifs de l’Atlas et du Rif sont traditionnellement exposés à la neige, son extension aux plaines et aux zones pré-sahariennes constitue un fait exceptionnel dans l’histoire climatique récente du Royaume.

Un phénomène rare après près de vingt ans d’absence

Les relevés climatologiques rappellent que l’année 2006 fut la dernière à connaître un épisode neigeux d’envergure nationale. Les hivers 2009 et 2010 avaient ensuite enregistré d’importantes chutes de neige, notamment dans le Haut et le Moyen Atlas, contribuant à une amélioration notable des réserves en eau.

L’hiver 2012 avait marqué un tournant par sa violence, avec des vagues de froid extrêmes et des chutes de neige ayant entraîné la fermeture de nombreux cols montagneux. Plus récemment, l’épisode de 2018, lorsque la neige avait atteint les abords du désert à Ouarzazate et Zagora, était resté ponctuel, avant que le Maroc ne s’enfonce, entre 2019 et 2022, dans l’une des sécheresses les plus sévères de son histoire moderne.

Le tournant de décembre 2025

Après une timide embellie en février 2023 et un hiver 2024 marqué par des chutes limitées liées à la tempête «Jana», décembre 2025 a opéré un véritable basculement. La tempête «Francis», par sa puissance et sa persistance, a généré un enneigement record couvrant plus de 55.400 km².

Le phénomène s’est prolongé en janvier 2026, avec des chutes de neige exceptionnelles à Oujda, observées pour la première fois depuis 23 ans, s’étendant à l’ensemble de la région de l’Oriental.

L’origine des importantes chutes de neige

D’après les analyses de la DGM, cet épisode résulte d’une convergence de facteurs météorologiques rares : L’arrivée de masses d’air polaire extrêmement froides en provenance du nord, combinée à des perturbations humides atlantiques. Cette configuration a entraîné un blocage dépressionnaire au-dessus du Maroc durant plusieurs jours, provoquant des chutes de neige dépassant localement un mètre d’épaisseur, notamment dans le Haut Atlas.

Les massifs montagneux ont concentré l’essentiel des précipitations, renforçant leur rôle stratégique de châteaux d’eau naturels du Royaume. Le Rif, en particulier dans les provinces de Chefchaouen et d’Al Hoceïma, a également enregistré des niveaux d’enneigement remarquables.

Aubaine pour les nappes phréatiques, bouffée d’oxygène pour l’agriculture

Sur le plan hydrique, l’impact est majeur. En moins d’un mois, le taux de remplissage des barrages est passé de 31,1 % à plus de 45 %, et plus de dix barrages ont atteint leur capacité maximale. La fonte progressive des neiges au printemps devrait assurer une alimentation régulière des oueds et recharger des nappes phréatiques fortement sollicitées, renforçant ainsi la sécurité hydrique à moyen terme.

Dans le secteur agricole, ces précipitations sont perçues comme une véritable promesse de vie. Elles améliorent l’humidité des sols, freinent la prolifération des maladies et offrent des conditions favorables aux cultures céréalières et aux parcours naturels, essentiels à l’élevage.

Des territoires toujours vulnérables

Toutefois, cet épisode a également engendré des défis sociaux et logistiques, la forte accumulation de neige ayant provoqué l’isolement de centaines de douars dans les zones montagneuses et rendu difficile l’accès à de nombreuses routes et pistes.

Face à cette situation, les autorités publiques ont mobilisé d’importants moyens humains et logistiques, notamment des hélicoptères et des engins de déneigement, afin d’acheminer l’aide alimentaire et d’assurer les interventions médicales d’urgence. Cette mobilisation a mis en lumière la vulnérabilité persistante de certains territoires face aux phénomènes climatiques extrêmes.
Une alerte climatique à ciel ouvert

Dans son évaluation de l’hiver 2025-2026, la DGM estime que cet épisode restera une date charnière du climat marocain. S’il a offert un répit bienvenu face à la sécheresse structurelle, il met surtout en lumière l’intensification des extrêmes climatiques, avec une alternance de plus en plus rapide entre pénurie hydrique et événements météorologiques violents.

Entre le Maroc assoiffé d’hier et celui enseveli sous la neige aujourd’hui, le climat impose désormais son tempo, rapide, brutal et impossible à ignorer. Si l’exception devient la norme, l’adaptation ne peut rester un choix, mais plutôt une urgence nationale.


Articles les plus lus.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La CPI s’apprête à délivrer des mandats d’arrêt contre Ben Gvir & Smotrich, accusés d’apartheid.

La tempête Jana frappe le Maroc : À quoi s’attendre ce week-end ?

L'affaire de Mustapha Lakhsem >>> la suite de l’enquête a été fixée au 19 mai.