Escobar du Sahara : Des soupçons de falsification rattrapent Naciri et une notaire.

Escobar du Sahara : Des soupçons de falsification rattrapent Naciri et une notaire.

 Publié le 25 février 2026

© Shutterstock 

Le parquet général de Casablanca a livré ce jeudi 20 novembre de nouvelles révélations accablantes sur l’affaire dans l’affaire Escobar du Sahara, un dossier tentaculaire mêlant trafic international de drogue, actes notariés présumés falsifiés et transactions immobilières suspectes. 

Selon le réquisitoire du vice-procureur, des contrats liant Saïd Naciri, l’homme d’affaires Fouad El Yazidi et l’ex-député Kacem Belmir seraient entachés de faux, tandis que la villa de Californie, pièce maîtresse du scandale, aurait été cédée dans des conditions jugées irrégulières. 
Le ministère public demande désormais de lourdes sanctions, dont la confiscation des fonds liés aux activités illicites.
Le substitut du procureur général du Roi près la cour d’appel de Casablanca a qualifié les contrats signés par la notaire, poursuivie en détention provisoire dans le cadre de cette affaire, concernant des appartements appartenant au trafiquant international de drogue Haj Ahmed Ben Brahim, surnommé «Escobar du Sahara », et à Saïd Naciri, ancien président du Wydad de Casablanca et du Conseil préfectoral de la métropole, de documents entachés de falsification.

Le représentant du ministère public a poursuivi son réquisitoire pour la deuxième audience d’affilée, multipliant les récits accablants. 

En effet, après avoir déroulé, lors de l’audience du jeudi dernier, un récit à la fois précis et troublant sur les multiples ramifications de cette affaire tentaculaire, avec un accent sur les faits ayant déclenché l’enquête, le magistrat Jamal El Bouzidi s’est attaqué aujourd’hui aux contrats signés entre l’Escobar du Sahara et Saïd Naciri.

Accent mis sur la nullité des actes

Dans son réquisitoire, le représentant du ministère public a expliqué que les 11 contrats, dont l’une des parties était soit Ben Ibrahim, soit Saïd Naciri puis Fouad El Yazidi, un homme d’affaires également concerné par ce dossier, présentent une première anomalie majeure : La notaire aurait quitté sa ville de rattachement Oujda pour Casablanca afin de recueillir la signature d’Ahmed Ben Brahim sans respecter les règles de la profession, notamment celles prévues à l’article 12 de la loi sur le notariat, ni informer le procureur général compétent. Le non-respect de ces obligations entraîne, selon lui, la nullité des actes.

Il a ajouté que la notaire n’avait pas complété les procédures d’enregistrement ni celles relatives à la validité des actes pour 6 contrats sur 11, et que dans les 5 autres, elle aurait altéré des données de façon flagrante en indiquant la présence d’un acheteur au moment de la signature alors que cela serait faux.

Actes falsifiés et pas de déclaration de soupçon de blanchiment d’argent

Selon le ministère public, ces éléments démontrent que les actes, en tant qu’actes authentiques, sont falsifiés par la personne même chargée légalement de les rédiger.
Le représentant de l’accusation a également souligné que la notaire n’avait pas procédé à la déclaration de soupçon de blanchiment d’argent, une obligation légale pour les professionnels concernés qui ne constitue pas une violation du secret professionnel. 
Le non-respect de cette obligation expose à des sanctions prévues par la loi.

Le substitut du procureur général a qualifié les actes de la notaire de particulièrement graves, car elle rédigeait des actes officiels «à droite et à gauche» sans se conformer à la loi.
Un indice d’une potentielle escroquerie

Le substitut du procureur est revenu sur d’anciennes déclarations de Saïd Naciri affirmant avoir acheté deux appartements à Ahmed Ben Ibrahim en échange d’une Mercedes. 

Mais l’enquête aurait montré que cela serait inexact : Naciri aurait déclaré que cette voiture était la seule qu’il avait achetée à Abdelatif Fajri, lequel a nié la conclusion d’une telle vente, indiquant seulement avoir reçu un acompte que Naciri n’aurait pas complété avant de restituer le véhicule.

Pour le parquet, cette contradiction constitue un indice d’une potentielle escroquerie reprochée à Naciri.

Concernant l’homme d’affaires Fouad El Yazidi, poursuivi également en détention, le représentant du ministère public a affirmé qu’il se comportait comme le propriétaire d’appartements dont il n’était en réalité pas propriétaire, selon les réponses fournies par les conservateurs fonciers.

Bien qu’il ait déclaré n’être qu’un intermédiaire, il aurait perçu les acomptes, assisté à la signature des actes et encaissé les montants restants — des prérogatives allant au-delà de celles d’un simple intermédiaire. Il aurait même effectué un virement depuis son compte personnel vers celui de Saïd Naciri.
Révélations explosives sur la villa de Californie

Le vice-procureur général du Roi ne s’est pas arrêté là, mettant en lumière de nouveaux éléments marquants concernant la villa du quartier Californie de Casablanca. Il a affirmé qu’elle n’était pas la propriété de Kacem Belmir, ancien député du Parti authenticité et modernité (PAM) placé en détention provisoire, au moment où elle aurait été vendue à Saïd Naciri.
D’après le réquisitoire de ce jeudi, la villa aurait été au centre de plusieurs actes présumés délictueux liés aux documents notariés : aucun paiement réel n’aurait été effectué et les personnes l’ayant cédée n’auraient pas eu la capacité juridique pour le faire. L’opération aurait également été entachée de faux dès le départ : « Ce qui est fondé sur un faux est lui-même un faux », a déclaré le vice-procureur général du Roi.
« Version illogique » pour « couvrir des actes délictueux »

Il a relevé que Belmir aurait affirmé, dans ses déclarations, qu’Ahmed Ben Brahim, de nationalité malienne, lui aurait demandé de lui indiquer un restaurant servant du couscous à Saïdia avant de lui proposer de le déguster chez lui. Là, l’Escobar du Sahara lui aurait demandé de loger dans une villa «qui lui appartiendrait à Casablanca». Pour le procureur, cette version serait «illogique et destinée à couvrir des actes délictueux».

Le substitut du procureur est revenu sur l’acte notarié daté du 17 juillet 2017 entre Naciri et Belmir, qu’il a qualifié de faux. Il a souligné que le prix de vente indiqué est identique à celui payé par Abdenbi Bioui lors de l’achat du même bien en 2013, alors que six années s’étaient écoulées dans un quartier où les prix ont fortement augmenté, ce qui a été considéré comme un indice supplémentaire de manipulation.

Selon lui, ce faux serait un faux moral, l’acte initial reposant sur une procuration falsifiée. De ce fait, l’acte ultérieur serait lui aussi entaché de nullité. Dans la même veine, la bonne foi de Naciri ne peut être retenue, car il aurait eu une connaissance complète des irrégularités.

Demande de confiscation des fonds

Le représentant du ministère public a également précisé que la villa aurait été acquise par Naciri au nom de la société Prado, dans laquelle son fils est associé. « Comment la création d’une société au capital de seulement 100.000 dirhams passe par un notaire, alors qu’un bien d’une valeur de 16,5 millions de dirhams serait cédé sur une simple feuille avec une seule signature et sans légalisation? », s’est-il interrogé.

Parmi les autres éléments présentés :

· le prix réel n’aurait pas été déposé sur le compte du vendeur,

· les chèques remis proviendraient d’une société avec laquelle Naciri n’aurait plus aucun lien depuis 2007,

Ce qui a conduit à des poursuites pour falsification et utilisation de chèques falsifiés.

Autre élément : la société Prado aurait été domiciliée à l’adresse même de la villa, alors qu’elle n’en serait devenue propriétaire qu’à une date postérieure à sa création (15 novembre 2017).

Le magistrat a également remis en cause des déclarations affirmant que Belmir «occupait la villa à titre gracieux», jugeant incohérent qu’une personne hébergée ainsi puisse l’aménager avec des tapis iraniens coûteux, achetés via une connaissance de Naciri, selon les témoignages.

À la fin de sa plaidoirie, le ministère public a demandé la condamnation des mis en cause, la confiscation des fonds provenant des infractions liées aux stupéfiants, ainsi que la destruction de tous les documents reconnus comme falsifiés, matériellement ou moralement.

Par Bendriss Chahid 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La CPI s’apprête à délivrer des mandats d’arrêt contre Ben Gvir & Smotrich, accusés d’apartheid.

Débâcle américano-israélienne, le Yémen & la Russie à la rescousse & panique sur le prix du baril.

L’Iran & le Hezbollah infligent une nuit de panique à un Israël sous le choc & aux bases US.