La génétique explique pourquoi certains fument beaucoup moins que d’autres.

La génétique explique pourquoi certains fument beaucoup moins que d’autres

Publié le 27 Fév 2026


Une vaste étude génétique identifie des variants rares capables de réduire fortement la consommation de cigarettes. 
Ces différences biologiques pourraient expliquer pourquoi certaines personnes résistent mieux à l’addiction que d’autre

Face au tabac, tous les fumeurs ne sont pas égaux. Certains deviennent rapidement dépendants, tandis que d’autres limitent spontanément leur consommation ou parviennent à arrêter plus facilement. Longtemps attribuées à la motivation ou à l’environnement, ces différences pourraient aussi avoir une origine biologique. Pour certains individus, la résistance au tabac est inscrite dans leur biologie.
Pourquoi la dépendance à la nicotine varie autant d’une personne à l’autre

La dépendance au tabac résulte d’un mécanisme bien connu. La nicotine se fixe sur des récepteurs spécifiques du cerveau, ce qui active les circuits de récompense et renforce l’envie de consommer. Cependant, l’intensité de cette réponse varie fortement selon les individus.

Pour comprendre cette variabilité, une équipe internationale a analysé les génomes de 37 897 fumeurs participant à une cohorte de santé à Mexico. Les chercheurs ont ensuite comparé ces résultats avec des bases de données issues du UK Biobank et de Biobank Japan afin de vérifier si les effets observés se retrouvaient dans différentes populations.

L’objectif était d’identifier des variantes génétiques rares capables d’influencer directement le comportement tabagique. Contrairement aux facteurs sociaux ou psychologiques, ces différences biologiques permettent d’observer l’impact du cerveau lui-même sur la consommation.

Le gène CHRNB3 modifie la réponse du cerveau à la nicotine

L’analyse a mis en évidence une variante du gène CHRNB3, qui code une sous-unité des récepteurs nicotiniques présents dans le cerveau. Ces récepteurs jouent un rôle central dans la sensation de récompense déclenchée par la nicotine.

Les porteurs d’une seule copie de cette variante fument en moyenne 21% de cigarettes en moins par jour. Chez les individus possédant deux copies, la réduction atteint 78%, un effet particulièrement élevé pour un trait comportemental complexe. L’étude, publiée dans Nature Communications, souligne que cette variante agit sur l’intensité de la consommation, mais pas sur la probabilité de commencer à fumer.

Les chercheurs ont également observé que des mutations différentes du même gène produisent des effets comparables dans des populations d’origines diverses. Cette convergence entre groupes indépendants renforce l’idée que CHRNB3 joue un rôle direct dans la régulation biologique de la consommation.

Le mécanisme probable est une diminution de la sensibilité du circuit de récompense à la nicotine. Si la substance procure moins de renforcement, l’addiction a moins de chances de s’installer ou de s’intensifier.
Vers des traitements ciblant les mécanismes biologiques de l’addiction

Ces résultats, relayés par IFLScience, ouvrent une piste importante pour la recherche thérapeutique. Aujourd’hui, la plupart des traitements disponibles reposent sur des substituts nicotiniques ou sur des médicaments agissant de manière générale sur les récepteurs cérébraux.

Identifier des personnes naturellement protégées permet d’observer des modèles biologiques de résistance. Les chercheurs évoquent notamment le cas d’individus possédant deux copies de la variante, parfois décrits comme des « knockouts » naturels du gène. L’étude de leur réponse cérébrale à la nicotine pourrait aider à concevoir des traitements plus ciblés.

Au-delà des applications médicales, ces travaux invitent aussi à nuancer la perception de l’addiction. 
Les différences observées rappellent que la dépendance ne relève pas uniquement de la volonté ou du comportement. Certains cerveaux réagissent simplement plus fortement à la nicotine que d’autres.

Mieux comprendre cette diversité ouvre la voie à des approches plus individualisées. Les stratégies pourraient ainsi tenir compte de la sensibilité biologique propre à chacun. À mesure que la génétique précise les mécanismes de la dépendance, le tabagisme apparaît sous un autre angle. Il relève moins d’un simple choix que d’une vulnérabilité, ou parfois d’une forme de protection liée au fonctionnement du cerveau.


EN BREF !
L'étude menée par une équipe internationale a analysé les génomes de 37 897 fumeurs pour comprendre la variabilité de la dépendance à la nicotine.

La découverte d'une variante du gène CHRNB3 montre que les porteurs fument jusqu'à 78% de cigarettes en moins, influençant la consommation mais pas l'initiation.

Ces résultats ouvrent la voie à des traitements ciblés sur les mécanismes biologiques de l'addiction, soulignant l'importance de la génétique dans la dépendance.




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