AEFE : A Rabat, les parents refusent d’être la variable d’ajustement budgétaire.
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Ce mardi 27 janvier, un sit-in s’est tenu devant le lycée français Paul-Cézanne, à Rabat (mais aussi d’autres établissements de la mission française à travers le Maroc). Environ une centaine de parents, certains accompagnés de leurs enfants, ont répondu à l’appel des associations de parents d’élèves pour dénoncer l’augmentation annoncée des frais de scolarité et l’instauration de droits annuels d’inscription (DAI). Une mobilisation visible et déterminée, révélatrice d’un malaise profond entre les familles et la gouvernance du réseau d’enseignement français à l’étranger.

Ils étaient nombreux, rassemblés ce matin devant les grilles de l’établissement, avant le début des cours. Certains élèves se tenaient aux côtés de leurs parents, cartables sur le dos, témoignant de l’impact direct de ces décisions sur le quotidien des familles.
Au micro de Hespress, tous ont souhaité garder l’anonymat, évoquant un climat de tension et une marge de manœuvre de plus en plus réduite.
« Nous avons très peu de temps pour agir. Le seul vrai moyen de pression, c’est la mobilisation des parents, en étant présents physiquement lors des opérations coup de poing menées par les associations de parents d’élèves », confie l’un d’eux.

« On apprend que notre pôle est excédentaire, mais que les fonds sont transférés vers d’autres pays pour combler leurs déficits. Et pendant ce temps-là, on demande aux parents de financer les retraites de fonctionnaires français. Cela n’a aucun sens », s’indigne un parent.

Un modèle contesté, au-delà des situations individuelles
Les parents insistent sur un point. La diversité des profils socio-économiques ne doit pas freiner la mobilisation collective. « Même si tous les parents ne sont pas exposés de la même manière aux frais de scolarité, la majorité l’est, directement ou indirectement. Et surtout, nous sommes tous concernés par le modèle que l’AEFE impose aux familles », explique un représentant associatif.

À Rabat, les alternatives au réseau français sont limitées, contrairement à Casablanca. « Beaucoup de familles sont prises en otage. Quitter le système est, pour certains, tout simplement impossible», déplore un autre parent.
L’enjeu dépasse donc la seule question des montants. Il touche à l’équité du modèle, à sa soutenabilité et à la promesse initiale faite aux familles lors de leur adhésion au réseau.
Des hausses différenciées selon les pôles
Au niveau central, la direction générale de l’AEFE a indiqué qu’un effort budgétaire moyen d’environ 400 euros par an et par famille, à l’échelle mondiale, serait nécessaire pour résorber le déficit de l’Agence d’ici à 2029. Chaque pôle local est ensuite chargé de décliner cet effort en fonction des réalités économiques locales. Au Maroc, cinq pôles existent, dont Rabat et Casablanca. Or, les choix opérés divergent sensiblement selon les témoignages des parents.

À Casablanca, une hausse des frais de scolarité de 6% par an sur les quatre prochaines rentrées a déjà été validée, sans instauration de droits annuels d’inscription (DAI). Une décision votée par les représentants des parents.
À Rabat, en revanche, le scénario envisagé prévoit une augmentation annuelle d’au moins 4% jusqu’en 2029, assortie de DAI annuels, ce qui alimente un fort sentiment d’injustice. Les représentants des parents de Rabat ont toutefois réussi à obtenir un report de quinze jours de la prise de décision.
« Chaque pôle agit différemment. À Rabat, on nous agite sans cesse la reconstruction du lycée Saint-Exupéry, qui était pourtant censée être provisionnée par les augmentations passées. Et soudain, il n’y a plus assez d’argent, donc on taxe les parents », dénonce une maman d’élève.

Un amendement parlementaire, signal politique mais marge locale réduite
Dans ce contexte tendu, plusieurs députés des Français de l’étranger sont récemment montés au créneau. Un amendement prévoyant une augmentation de 7 millions d’euros du budget de l’AEFE, adopté dans le cadre du budget 2026, vise à neutraliser la hausse des cotisations-pensions et à offrir une marge de manœuvre supplémentaire aux établissements afin de limiter les augmentations de frais de scolarité.
Pour les parents mobilisés, cet amendement constitue un signal politique important, qui devrait, selon eux, se traduire concrètement par une modération réelle des efforts demandés aux familles. Mais ils restent lucides : la mesure, comme le reconnaissent les députés eux-mêmes, ne règle pas l’ensemble des tensions financières du réseau. Elle vise avant tout à éviter une dégradation brutale et à laisser du temps à une réforme plus structurelle.

« Autrement dit, même avec cet amendement, la trajectoire globale reste contrainte, et les arbitrages locaux demeurent », résume un parent impliqué dans les discussions.
Les DAI, un levier immédiatement contestable
C’est précisément à ce niveau local que se cristallise aujourd’hui la mobilisation, notamment autour des droits annuels d’inscription. Pour les parents, les DAI ne constituent pas un écran de fumée, mais un levier immédiatement réversible, contrairement aux hausses de frais de scolarité déjà votées, jugées beaucoup plus difficiles à remettre en cause une fois enclenchées.
« Les augmentations sont crantées. Les DAI, eux, peuvent être supprimés ou ajustés à tout moment », explique un parent. Si l’option d’une « zéro augmentation » reste portée politiquement, notamment à la lumière de l’amendement parlementaire, la priorité immédiate est d’obtenir un résultat concret, visible et durable pour les familles.
Les deux combats ne sont donc pas perçus comme contradictoires. Il s’agit de continuer à contester le cadrage global et la gouvernance de l’AEFE, tout en empêchant l’installation d’un mécanisme structurellement pénalisant comme les DAI à Rabat.
L’objectif affiché reste inchangé : préserver l’accessibilité, l’attractivité et la crédibilité du réseau d’enseignement français à l’étranger, sans faire porter mécaniquement l’ajustement budgétaire aux familles.
Soutenue, selon plusieurs témoignages, par les syndicats d’enseignants, la mobilisation pourrait se poursuivre dans les prochains jours. « Il faut que cela dérange, que ça remonte à l’ambassade, et que ça résonne plus haut », insiste un parent.
À Rabat, le sit-in matinal de ce mardi 27 janvier marque ainsi une première étape visible d’un bras de fer plus large, où se joue bien plus qu’une simple ligne budgétaire : l’avenir d’un modèle éducatif et socialement soutenable.
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