L'ombre de Mohamed VI dans la vente de l'unique raffinerie du Maroc, un dossier devenu sensible.
L'ombre de Mohamed VI dans la vente de l'unique raffinerie du Maroc, un dossier devenu sensible.
Le dossier de la mise en vente de l'unique raffinerie du Maroc, ‘’Samir’’, mise en liquidation judiciaire, et propriété d'un milliardaire saoudien, a pris les proportions d'un serpent de mer.
Après sa liquidation judiciaire, sa mise en vente a été
décidée par le tribunal de commerce de Casablanca pour payer des
créances évaluées à 44 milliards de dirhams.
Depuis le 30 janvier dernier, le dossier de
mise en vente de la Société marocaine de l’industrie du raffinage
(Samir) s'est encore épaissi, avec cette étrange interdiction de la
procureure du roi près la Cour d'appel du tribunal de commerce de
Casablanca de laisser les journalistes couvrir une audience capitale sur
la décision effective de mise en vente de la raffinerie.
Déjà, fin
décembre 2016, une offre de reprise de près de trois milliards de
dollars avait été faite pour la raffinerie de Mohammadia. Mais, le
tribunal de commerce de Casablanca sur avis du juge-commissaire chargé
de cette affaire avait décidé de reporter au 2 janvier la nouvelle
audience qui devait fixer le prix minimum de cession de la raffinerie.
Un appel à manifestation d'intérêt devait être lancé également. Depuis,
deux autres audiences ont été tenues, dont celle, capitale, du 30
janvier. Mais, aucun écho des résultats de cette audience, restés
''secrets'', selon les dénonciations de la presse spécialisée marocaine,
empêchée par la procureure du roi de suivre les débats de cette
audience.
Dans son édition du 31 janvier dernier, L'Economiste s'emporte
et s'interroge: ''la liquidation de la raffinerie Samir est-elle
devenue un secret d’État? Programmée à la Cour d’appel de commerce de
Casablanca, l’audience du 30 janvier a tourné court pour les
journalistes venus couvrir les débats.
La procureure du Roi a interdit
l’accès à la salle aux médias sous prétexte qu’il faut obtenir une
autorisation du ministère de la Justice.'' Le correspondant d'un journal
en ligne, Media24, qui a fuité l'information sur l'offre de reprise de
la Samir présenté par un cabinet d'avocats de Bologne (Italie), a, lui
également été interdit d'accès à la salle d'audience et convoqué au
bureau du procureur du roi.
Une offre de 3 milliards de dollars
''La couverture des audiences publiques est
désormais subordonnée à une autorisation'', et ''l'interdiction a
également été justifiée pour la sensibilité du dossier", selon les
interlocuteurs du journaliste sur place. C'est le 28 décembre 2016 que
l'expert-comptable en charge du dossier de la liquidation de la
raffinerie, le syndic Mohamed El Krimi, a reçu une offre de rachat de
trois milliards de dollars (soit 31 milliards de dirhams). "Nous avions
l'intention de lancer des manifestations d'intérêt cette semaine, mais
nous avons reçu une offre de 3 milliards de dollars d'un conglomérat
étranger", a-t-il indiqué à Reuters. "Nous estimons qu'il s'agit d'une
offre sérieuse jusqu'à preuve du contraire, mais le tribunal va convier
d’autres manifestations d'intérêt", a-t-il ajouté. Le syndic a seulement
indiqué que l’offre a été présentée par un cabinet d'avocats italien,
Mazzanti and Partners, selon le site d'informations économiques Media24.
Une offre pourtant bien au dessus des espérances des liquidateurs, qui
tablaient sur un prix plancher de mise en vente de la raffinerie entre
18 et 22 milliards de dirhams.
''Nous avons été bernés''
Mais, le dossier de la mise en vente de la
Samir traîne en longueur. C'est en juin 2016 que la Cour d’appel de
Casablanca avait confirmé la décision du tribunal de Commerce de placer
en liquidation judiciaire la Samir, dont les dettes culminaient à 44
milliards de dirhams (environ 4,4 mds de dollars). La raffinerie de
Mohammedia est détenue à 67,26% par Corral Petroleum Holdings, société
du milliardaire Saoudien Mohammed al-Amoudi, les autres parts du
portefeuille étant détenues par des groupes industriels marocain et des
institutionnels.
La raffinerie avait cessé ses livraisons de produits
pétroliers en août 2015.
Le marché local est approvisionné par tankers,
affrétés par des compagnies pétrolières comme Shell, Mobil Oil ou le
groupe marocain Afriquia.
Trois jours avant l'audience du 30 janvier
dernier, le ministre de l’Économie et des Finances, Mohamed Boussaid, a
estimé que ''l’État n’a pas bien choisi les investisseurs dans ce
dossier''.
‘’C'est un dossier sur lequel nous avons été bernés.
Nous
devons mieux choisir les investisseurs à l’avenir", a-t-il suggéré.
L'ombre de Mohamed VI
Dans les coulisses de ce dossier ''sans fin'',
certains suggèrent que l'option d'une vente de la Samir est due à une
injonction du roi Mohamed VI.
La Samir doit beaucoup d’argent à des banques comme la BCP et Attijariwafabank que le monarque contrôle via son groupe, la société nationale d'investissements, dont le principal actionnaire est SIGER, la holding de la famille royale.
La Samir doit beaucoup d’argent à des banques comme la BCP et Attijariwafabank que le monarque contrôle via son groupe, la société nationale d'investissements, dont le principal actionnaire est SIGER, la holding de la famille royale.
Dans le détail,
la Samir a une dette bancaire et obligataire de plus de 10 milliards de
dirhams, outre des impayés aux douanes estimés à 13 milliards de
dirhams.
A cela s'ajoutent près de 10 milliards de dirhams vis-à-vis des
fournisseurs.
Les dettes cumulées de la Samir s'élèvent à plus de 40
milliards de dirhams.
Sa cotation à la bourse de Casablanca est suspendue depuis mai 2015.
Sa cotation à la bourse de Casablanca est suspendue depuis mai 2015.
Source : Media24
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