Emmanuel Macron piégé par les manifestations.

Emmanuel Macron – 2 éditos : Commentaire et point de vue.

Commentaire – : Emmanuel Macron piégé par les manifestations.
Manifestation du 1er mai à Rennes au moins 5000 personnes étaient dans la rue.
Ouest-France Edito du 03/05/5018 Par Philippe Boissonnat
Au lendemain des violences qui ont entouré les manifestations du 1er Mai, voilà le chef de l’État et son gouvernement mis en accusation. Coupables d’abord d’avoir sous-estimé la mobilisation des casseurs, dont la présence dans les cortèges était prévisible. Coupables ensuite d’avoir tardé à faire intervenir les forces de l’ordre pour contenir les débordements.
À gauche, on soupçonne l’exécutif d’avoir agi délibérément pour discréditer, voire étouffer le mouvement social et ceux qui le portent. « À qui sert le crime ? » demande le socialiste Olivier Faure. À droite, c’est l’incapacité supposée du gouvernement à faire face aux casseurs qui est pointée du doigt. « Faillite de l’État régalien », accuse Laurent Wauquiez, patron des Républicains. « Laxisme » et même « complicité » du pouvoir, dit en écho Marine Le Pen, présidente du FN
Au lendemain des violences qui ont entouré les manifestations du 1er Mai, voilà le chef de l’État et son gouvernement mis en accusation. Coupables d’abord d’avoir sous-estimé la mobilisation des casseurs, dont la présence dans les cortèges était prévisible. Coupables ensuite d’avoir tardé à faire intervenir les forces de l’ordre pour contenir les débordements.
Les détracteurs d’Emmanuel Macron ont été d’autant plus tentés d’alimenter cette vaine polémique que le chef de l’État a choisi de tourner le dos aux manifestations du 1er Mai, préférant s’éloigner à l’autre bout du globe. Accusé de fuir le pays, il a donné l’impression d’accueillir ces critiques avec mépris. Ce qui revenait à jeter de l’huile sur le feu à un moment où la France traverse une crise sociale.
D’aucuns suggèrent que c’est peut-être Emmanuel Macron lui-même qui a mis le feu aux poudres. Dans sa volonté de « lever les blocages » qui paralysent la société française, le président de la République aurait volontairement mis les syndicats hors jeu, contribuant à leur affaiblissement, mais oubliant que les corps intermédiaires ne sont pas inutiles pour canaliser et apaiser la colère sociale.
Thermomètre social
C’est aller un peu vite en besogne. D’abord, les organisations syndicales ont une part de responsabilité lorsqu’elles durcissent le dialogue social et renoncent à faire l’union. Ensuite, les fameux black blocs, qui ne jurent que par l’affrontement physique avec les forces de l’ordre, se moquent pas mal de savoir si le débat social est à la hauteur des enjeux. Reste qu’il est évident que ces agitateurs armés et encagoulés profitent du malaise ambiant pour semer le trouble et tenter de déstabiliser le pouvoir républicain.
Le Premier ministre, Édouard Philippe, a cru s’en tirer à bon compte en fustigeant les « professionnels de la polémique ». Il n’a pas tout à fait tort. Mais pas complètement raison. Le gouvernement devra bien rendre des comptes après ce désolant spectacle de violences, sauf à laisser penser qu’il y aurait une espèce de fatalité ou de résignation à voir les forces de l’ordre se faire déborder.
Comment protéger la rue des casseurs ? Le ministre de l’Intérieur a promptement réagi, hier, promettant de renforcer la sécurité lors des prochaines manifestations. C’est un minimum, car le maintien de l’ordre reste la première mission d’un exécutif. Mais le gouvernement ne pourra pas se contenter de muscler les forces de police pour répondre à la situation.
Alors, quoi faire ? Le pire serait de prendre prétexte des violences de quelques-uns pour essayer de rendre illégitime toute forme de manifestation. Casser le thermomètre social ne fait pas tomber la fièvre. Ce n’est certainement pas d’un excès de confrontation dont souffre le pays. Au contraire, il est urgent de retrouver le chemin du dialogue, préalable indispensable si l’on veut faire bloc face aux ennemis de la République.
Point de vue. Edito : Emmanuel Macron ou le néoréalisme diplomatique
Ouest-France : du 02/05/2018 par François Heisbourg
Sans véritable expérience en matière de politique étrangère, le candidat Macron a su devenir un président qui a établi un dialogue avec les grands dirigeants du monde. C’est la théorie que développe François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique.
Emmanuel Macron est arrivé à l’Élysée sans expérience notable en politique étrangère. Son parcours dans la banque, à l’Élysée et à Bercy, ne l’avait guère préparé aux horreurs du Moyen-Orient et aux complexités du poker géopolitique mondial.
/ AFP / POOL / MICK TSIKAS
Emmanuel Macron, à Sydney, le 1er mai.
| MIKE TSIKAS/AFP
Le candidat Macron avait cependant beaucoup travaillé ces questions pendant la campagne, quitte à roder parfois trop vite des concepts encore mal assimilés, se lançant à l’époque dans des tunnels verbeux sur la Syrie.
Mais il apprend vite et retient tout. Il a un instinct très sûr des situations et des hommes et une endurance hors normes, atouts fondamentaux en politique étrangère. Son manque d’expérience a par ailleurs été un atout sous un angle essentiel : il a compris plus vite que ses aînés de la scène géopolitique avaient fondamentalement changé au cours des dernières années.
’après-Guerre froide, organisée autour de la prépondérance américaine et occidentale, a fait place à une scène plus éclatée avec la montée des pays émergents. Ce monde s’affranchit des règles mises en place tant bien que mal au sortir de la Seconde Guerre mondiale.
Les valeurs que les pays européens pensaient pouvoir tenir pour sûres, sont elles-mêmes mises en cause, y compris à l’intérieur de leurs frontières. C’est le monde de Trump, Poutine, Xi, Erdogan, Sissi, Orban…

Le monde « tel qu’il est »
Le président Macron aborde ce monde-là « tel qu’il est », pour reprendre une expression qu’il a appliquée à sa politique européenne dans son débat télévisé avec MM. Bourdin et Plenel.
Le chef de l’État s’est affranchi des cadres intellectuels anciens. Il ne s’agit évidemment pas de faire du néoconservatisme, désormais hors de portée d’un Occident qui n’est plus au centre du jeu.
Mais il ne suffit pas non plus de se replier sur l’ancien compromis gaullo-mitterrandien, avec sa dose de réalisme, voire de cynisme à l’ancienne. Car la géopolitique de Xi, de Poutine, d’Erdogan et de Trump ne se joue pas sur le seul terrain des intérêts froids : ils affichent non moins clairement leurs propres systèmes de valeur. Il n’est pas possible de se replier sur le confort de la pure realpolitik. La diplomatie de Macron, ce n’est ni Védrine ni Bernard-Henri Lévy…
Lorsque le chef de l’État s’entretient avec chacun des grands responsables du monde contemporain, il applique sa version du « en même temps » macronien, leur disant en substance : je vous témoigne du respect (ainsi Poutine à Versailles et Trump le 14 juillet) mais je vous dis aussi votre fait : non, M. Xi, vous ne pourrez pas boulotter les pépites technologiques européennes, non, M. Erdogan, vous ne rentrerez pas dans l’Union européenne…
C’est cela que je qualifie de néoréalisme. Et ça a l’air de marcher : seul, en Europe, Macron a su établir un dialogue substantiel avec chacun de ces présidents, alors qu’Angela Merkel peine à parler avec Erdogan et que Theresa May peut difficilement dialoguer avec Poutine.
Reste à conforter cette assise. 
La tentation du nouveau venu en politique étrangère peut l’amener à surestimer le rôle des rapports personnels. Or, si les rapports personnels sont l’alpha des relations internationales, ils n’en sont pas l’oméga. Il ne suffit pas de faire fond sur sa puissance de conviction pour faire dévier un Trump ou un Poutine de leur trajectoire. En attendant, le parcours est impressionnant.

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