Sciences : La croisade de Trump contre les « ennemis de l'Amérique »

Sciences : La croisade de Trump contre les « ennemis de l'Amérique ». ...

Sciences : la croisade de Trump contre les « ennemis de l'Amérique »TRUMP BLESSE AMERICA (2/5).

 Jamais les États-Unis n’ont connu une telle chasse aux sorcières — en l’occurrence aux têtes pensantes. Lettres de menaces, délation, expulsion sans préavis... 

Rien n'arrête le gouvernement de Donald Trump.



Publié le 01/04/2025

Le risque pour tous ceux qui ne voudraient pas appliquer les nouvelles règles de l'administration Trump ?
 
La fin des financements.

« La nouvelle administration Trump pousse les scientifiques américains à repenser leur vie et leur carrière. » Le commentaire, lapidaire, vient de l'une des plus prestigieuses publications scientifiques au monde, la revue Nature. 

En dévoilant jeudi dernier les résultats d'un sondage réalisé sur plus de 1 600 chercheurs qui travaillent aux Etats-Unis, Nature a livré un véritable uppercut au monde académique. Ce sont 75,3 % des scientifiques qui se disent désormais prêts à quitter le pays, principalement en direction de l'Europe et du Canada.


« Une science en exil » qui s'apprête à se traduire par une « fuite massive des cerveaux ». Mais d'où vient ce divorce historique pour les Etats-Unis ? L'histoire débute fin janvier, devant une foule en liesse applaudissant chacun de ses mots. Donald Trump annonce alors une grande chasse aux programmes contenant diversité, équité et inclusion — les « DEI ».


En première ligne sont visés les grandes universités américaines comme Columbia (à New York), le MIT ou encore Harvard (à Boston, tous les deux), mais aussi les instituts de recherche prestigieux. Des milieux qui sont perçus par le président américain comme des repaire du « wokisme », mouvance qu'il honnit et qu'il souhaite voir s'éteindre le plus rapidement possible. Harvard est la dernière cible en date. Accusée par l'administration de laisser « se développer l'antisémitisme » sur son campus, l'université pourrait se voir priver de quelques 9 milliards de dollars de subventions fédérales.

Donald Trump ne tarde pas à joindre le geste à la parole et à mettre son administration en marche. À peine une semaine plus tard, Elon Musk est le premier à tailler à la hache dans les organisations d'aides humanitaires comme l'USAid, qui distribuait des vaccins et médicaments dans les pays émergents, provoquant la peur de résurgence de nombreuses maladies dans le monde.

Un mois plus tard, le couperet tombe sur les lieux de recherche. Femmes, climat, égalité... une liste de mots interdits dans les études est publiée. Le risque pour tous ceux qui ne voudraient pas appliquer cette règle ?

 La fin des financements. Résultat : 800 millions d'euros d'aides gouvernementales en moins pour l'université Johns-Hopkins, mondialement réputée pour ses recherches médicales, obligée de supprimer 2 200 emplois dans la foulée. Plus récemment, l'université Columbia a cédé aux pressions pour pouvoir conserver 400 millions d'euros d'aide de l'administration Trump.

Menaces, délation, expulsion brutale : les chercheurs sous pression


Car au-delà des finances, c'est bien cette pression mise sur les épaules des chercheurs qui est inédite. Jamais, dans leur histoire, les États-Unis n'ont connu une telle chasse aux têtes pensantes si rapidement. Lettres de menaces, délation, expulsion sans préavis... Rien n'arrête le gouvernement Trump. 

À tel point que de nombreux chercheurs préfèrent désormais se murer dans le silence, risquant à tout moment l'arrêt brutal de leur projet de recherche s'ils osent raconter la violence d'une telle politique ou s'épancher un peu trop dans la presse.

« Il y a des pressions, des changements de direction, avec des directeurs qui ne sont pas des défenseurs de la science, mais des gens mis là pour contrôler la science. Lesscientifiquesreçoivent des mails quotidiens qui les terrorisent et des menaces d'être renvoyés à tout moment. Les jeunes chercheurs apprennent brutalement qu'ils ne sont pas maintenus. C'est l'élite scientifique, toute une jeunesse, qui va être sacrifiée », expliquait avec émotion Yasmine Belkaid, la directrice générale de l'Institut Pasteur, dans une interview pour La Tribune Dimanche mi-mars.
Les jeunes doctorants, les plus précaires, sont les plus exposés à la menace de l'arrêt des projets de recherche. Des jeunes qui, s'ils ne vont pas rapidement dans d'autres laboratoires, pourraient ne plus jamais pouvoir mettre en pratique des années de formation.

Cette atmosphère étouffante qui règne désormais dans certains laboratoires spécialisés dans les sciences humaines, la santé ou le climat contraint les chercheurs à regarder ailleurs. Début mars, nombre d'entre eux ont manifesté dans 160 villes des États-Unis et dans le monde dans un vaste mouvement en signe d'appel à l'aide, baptisé « Stand up for science ».

En France, le monde de la recherche s'organise

En France, ces mouvements ont marqué le début d'une prise de conscience collective des directeurs d'instituts de recherche aux universités, jusqu'au gouvernement. Pendant que le monde de la science manifestait, le ministre chargé de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste, a envoyé une lettre aux organismes de recherche afin de « recueillir leurs réflexions, alertes, analyses et propositions concrètes sur les technologies et champs scientifiques prioritaires ainsi que les dispositifs à mobiliser » autour de l'arrivée d'une vague de chercheurs américains. L'exécutif promet alors d'« accueillir un certain nombre d'entre eux ».

Deux semaines plus tard, rien n'a été encore annoncé. Mais les instituts scientifiques français n'ont pas attendu la main tendue du gouvernement pour faire un appel du pied aux chercheurs américains.

C'est Aix-Marseille université qui a ouvert le bal en indiquant financer une quinzaine de chercheurs américains sur les sujets particulièrement attaqués par l'administration Trump. 
Paris a ensuite rapidement embrayé par l'intermédiaire de l'université Paris-Sciences & Lettres (PSL) et ses quinze postes ouverts, assurant par la même occasion pouvoir « atteindre une cinquantaine de chercheurs et post-doctorants de façon réaliste ».

« Il faut donner de vrais moyens »

La possibilité de replacer la France au centre de la recherche mondiale réjouit le milieu scientifique. « On peut appeler ça une triste opportunité, mais c'est une opportunité quand même », nous avait confié la directrice générale de l'Institut Pasteur. Depuis des années, les chercheurs plaident pour un investissement plus important de la France dans la recherche afin d'éviter « les fuites de cerveaux » après l'université.

Toutefois, accueillir des scientifiques américains coûte cher. « Il faut donner de vrais moyens, explique la professeure Bana Jabri, directrice de l'Institut de recherche Imagine, comme pour les chaires d'excellence aux États-Unis. 
On parle de 2 millions de dollars pour des jeunes chercheurs pour un projet sur 5 ans. »

Après deux mois de chaos et de peur Outre-Atlantique, la balle est désormais dans le camp du gouvernement français. 
Mais avec les dépenses supplémentaires orientées vers la défense et le contexte d'économies budgétaires, pas sûr que la France puisse, en quelques semaines, récupérer un retard de plusieurs décennies dans ses investissements en recherche...


Voir aussi : 
 👉 Retrouvez le premier épisode : Trump : La fin du rêve américain. ...


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