Trump : La fin du rêve américain.

Trump : La fin du rêve américain.

Tourisme, culture, universités... 
Les États-Unis ne font plus vibrer, l'âge d'or américain serait-il passé ? Washington ne semble plus regarder outre-Atlantique : Jamais en quelques semaines, un président américain n'avait engagé un tel repli du pays.



Publié le 31/03/25

C'est ce qui s'appelle avoir le mal du pays. Aux États-unis, depuis le retour de Donald Trump dans le Bureau ovale, un Français expatrié sur cinq envisage de quitter le continent américain.

Le président républicain, confortablement installé à la Maison-Blanche depuis 100 000 minutes aujourd'hui, semble agir pour certaines et certains comme un repoussoir, au point de réduire à peau de chagrin ce qu'il reste de l'American Dream
Un rêve que partagaient pourtant les étudiants français, dont la moitié aspirait à apprendre dans les prestigieuses universités américaines en 2010.

Aujourd'hui, ils ne sont plus que 22 % à souhaiter y étudier. Le constat est sans appel : jamais, en à peine deux mois et demi, un président américain n'avait entrepris un repli aussi puissant de la scène internationale.

Un soft power terni

En moyenne, Donald Trump a signé 1,6 décret présidentiel par jour depuis son investiture. Parmi eux, les annonces, coup sur coup, de la fin de l'aide humanitaire américaine et de l'arrêt du financement de Voice of America — média international qui incarnait la voix des États-Unis sur tous les continents —, ont acté ce que chacun pressentait : l'Amérique ne cherche plus à plaire au reste du monde.

Il semble loin le soft power américain de Joseph Nye. Lorsque le secrétaire adjoint à la Défense théorise son concept au début de la décennie 1990, Washington jouit d'une forte capacité à influencer et séduire le monde sans déployer de forces militaires. Mais à mesure que les jours passent dans l'Amérique de Donald Trump, les dominos tombent.

Dans les communiqués de la Maison-Blanche, les volontés d'expansionnisme sur le Groenland sont suivies de déclarations sur la fin du financement des programmes d'éducation en Afrique.
« Les États-Unis ont tiré tous les bénéfices possibles de la mondialisation et désormais se retirent », analyse Jérémy Ghez, professeur d'économie et d'affaires internationales à HEC Paris.

Expulsion et incarcération

La fin du jeu de séduction de Washington vis-à-vis du reste du monde fonctionne plutôt bien. Le nombre de voyageurs sur le sol américain devrait reculer de 5 % cette année, selon un rapport de Tourism economics qui estime que « la rhétorique du gouvernement va décourager les voyages aux États-Unis. »
Pour les étrangers déjà sur place, la situation n'est pas enviable pour autant, y compris pour ceux présents en toute légalité. Un Français sur cinq aux États-Unis se demande s'il doit rentrer en France, de peur de ne pas pouvoir revenir, selon les résultats du questionnaire envoyé par Roland Lescure, député Renaissance de la 1re circonscription des Français établis hors de France, celle de l'Amérique du Nord, qui a recueilli 9 000 réponses. La douane américaine, particulièrement sévère depuis le 21 janvier et au cœur d'un grand nombre de polémiques, suscite l'angoisse chez les passagers.

Ainsi, à la mi-mars, un chercheur français au CNRS a été refoulé du sol américain en raison de SMS contestant certaines positions de l'administration Trump. 

L'altercation illustre comment, parmi les libertés qui ont permis l'avènement du rêve américain, la libre expression est celle qui souffre le plus du mandat Trump II. 
Et, pour preuve, l'incarcération pour des motifs fallacieux de Mahmoud Khalil, étudiant à l'université de Columbia, ne saurait être dissociée du désintérêt croissant des étudiants français pour les universités américaines.

Un coûteux retour aux sources

Ce retrait américain, aussi brutal soit-il pour des Européens habitués à la présence américaine et fasciné par ce pays, correspond en réalité à une ambition constatée de longue date. 
Et qui était par conséquent prévisible.

« Nous commençons à nous méfier de ce que nous avons toujours prôné : le libre-échange, le commerce, l'immigration et les changements technologiques. 
Et tout cela se produit alors que la tendance est à notre avantage. 
Au moment où le monde s'ouvre, l'Amérique se referme », écrivait déjà en 2008 Fareed Zakaria, dans son essai Le Monde post-américain (éd. Tempus).

Avec la stratégie America First, Washington et la communauté internationale coupent ensemble le lien qui les unit. 
Une rupture qui ne surprend pas les historiens des États-Unis, comme le Français Ludovic Tournès. 
Que les touristes et les étudiants ne rêvent plus d'Amérique était presque attendu : « Depuis la fin des années 1990, les États-Unis ne se conçoivent plus comme un modèle pour le monde. 
Nous vivons un retour à ce qu'a été ce pays jusqu'à la Seconde Guerre mondiale : déconnecté des autres, unilatéral et particulièrement autonome vis-à-vis de l'Europe. 
Les États-Unis comme moteur du multilatéralisme, ce n'était qu'une longue parenthèse. »
Mais la mondialisation a fait son chemin depuis 1945, et la viabilité à long terme d'une telle stratégie est questionnable, notamment en raison de ses conséquences économiques.

« L'objectif de Donald Trump à un horizon lointain est de rapatrier des industries étrangères sur le sol américain à l'aide d'outils coercitifs. Il assume que cela puisse être coûteux pour les États-Unis à court terme, mais estime qu'un rééquilibrage se fera à plus long terme », analyse Jérémy Ghez.

En utilisant la force au lieu de la séduction, Trump met en péril son propre plan. Droits de douane, annonces fracassantes, mépris des partenaires, suppression des aides fédérales, expulsions par milliers... 
En attendant un hypothétique rééquilibrage, des pans entiers de l'économie américaine commencent à souffrir des méthodes de Donald Trump pour attirer sur son sol les entreprises du monde entier.

Dans une série d'articles, La Tribune vous racontera comment industrie, recherche, finance et défense américaine sont éprouvées par le second mandat du président républicain.

Source : La Tribune & Reuters.
Par Julien Gouesmat


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