Le chaos libyen appelé à durer…


Le chaos libyen appelé à durer… 

Libye : Haftar, ou la tentation de l'homme fort
La Libye toujours déchirée par une guerre civile dévastatrice opposant le Gouvernement d’Union Nationale (GNA) du président Fayez el-Sarraj, à l’Armée Nationale Libyenne (ANL) du maréchal autoproclamé Khalifa Haftar. 
Assiégeant la capitale durant plusieurs mois, ses troupes n’ont pas réussi, en dépit des armes dont il dispose, d’entrer en vainqueur à Tripoli. 

Le GNA, soutenu par la Turquie en hommes et en armes, a fait plus que résister. Il cherche aujourd’hui à réduire au strict minimum l’influence du GNA. Mais rien n’est encore tranché dans cette sale guerre où l’intérêt du peuple libyen passe au second plan face aux appétits des deux frères ennemis et de la voracité de leurs soutiens.


Le retournement de situation militaire qui a profité, ces dernières semaines, au GNA, s’explique essentiellement depuis janvier par la forte implication d’un nouvel acteur dans cette guerre civile instrumentalisée par certaines puissances étrangères. Il s’agit de la Turquie. Le président Recep Tayyip Erdogan a décidé de prêter main forte à son homologue libyen F. el-Sarraj. C’est une aide décisive qui a été dépêchée à Tripoli depuis le mois de janvier. Une aide à la fois en matériel militaire – en drones notamment – et en hommes, des combattants syriens pro-Ankara.

Resté sur la défensive, le GNA qui avaient beaucoup de mal à stopper l’avancée des soldats d’Haftar sur Tripoli, ont repris du poil de la bête et réussi à desserrer l’étau autour de la capitale libyenne grâce à l’intervention tuque. Ils ont même repris des localités stratégiques dans un rayon de 70 à 150 kilomètres autour de Tripoli, dont la ville d’Al Watia où une base aérienne servait de point avancée pour les raids meurtriers de l’aviation de K. Haftar. L’ANL recule, et avec elle les mercenaires russes de la milice paramilitaire privée Wagner, envoyés par Moscou fin 2018 pour soutenir Haftar – bien que la Russie n’ait jamais reconnu officiellement cette aide. Ils ont plié bagages à toute allure le week-end dernier pour aller protéger les villes stratégiques de Jufra et Syrte, encore aux mains de l’ANL, avant sans doute de rentrer en Russie.

Peut-on parler pour autant d’un affrontement à distance entre Moscou et Ankara, qui sont par ailleurs en coopération sur le dossier syrien ? Pas vraiment. Il faudrait plutôt parler d’une sourde compétition où chacun poursuit ses propres intérêts. Le pétrole et le gaz libyens sont en effet des objectifs communs aux deux pays.

D’ailleurs, chacune des deux partie a ses propres desseins dans une Libye en proie au chaos. Pour les Russes, soutenir Haftar, c’est aussi lutter contre le terrorisme islamiste. 
C’est d’ailleurs en partie pour cette raison que Haftar est soutenu de manière feutrée par certains pays européens, dont la France, ainsi que par des puissances arabes comme l’Egypte et les EAU.

En face, outre l’accès aux hydrocarbures au large des côtes libyennes, comme le permet désormais un accord (cavalier) signé avec le gouvernement de Tripoli, l’autre objectif d’Ankara est plus géopolitique : Erdogan rêve de reconstituer l’influence de l’empire ottoman au Proche-Orient et en Méditerranée orientale. Souci de grandeur, volonté aussi de nuire aux intérêts de l’Egypte – les relations entre les deux pays sont exécrables. 

Dès lors, la Libye se retrouve ballottée au gré des intérêts divergents de ces grandes puissances. Elle paie ce faisant un très lourd tribut que supporte un peuple aux abois.

La France tente de faire revenir les deux frères ennemis libyens à la table des négociations. Affichant son hostilité, du moins au niveau du discours, à tout transfert des armes aux belligérants, la diplomatie française cherche une solution auprès du patron du GNA. Mais il faut dire que même en donnant l’impression d’être affaibli, K. Haftar reste réticent à tout dialogue avec son «ennemi juré» qui, assure-t-il, fait le lit des djihadistes en Libye.

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