Journalistes à Gaza : Les visages du carnage !
Dans le cimetière à ciel ouvert qu’est devenue la bande de Gaza, reposent les âmes de plusieurs dizaines de journalistes, tués en bravant le blocus médiatique imposé par Israël. Mediapart a reconstitué les photos de tous les journalistes morts à Gaza.. …
Voir le vidéo : Des journalistes morts à Gaza depuis le début du carnage. (Mediapart)
Journalistes à Gaza : Les visages du carnage !
Vidéo de Fennwick explicant l'horreur que subissent les Palestiniens : https://www.facebook.com/share/v/1YJHizLu9U/
Dans le cimetière à ciel ouvert qu’est devenue la bande de Gaza, reposent les âmes de plusieurs dizaines de journalistes, tués en bravant le blocus médiatique imposé par Israël depuis le 7 octobre 2023. On sait peu de choses d’eux, à part leur nombre et leur attachement inébranlable à leur mission d’information.
En rassemblant des fragments de vie, Mediapart a tenté de reconstituer leurs histoires. Afin que l’on se souvienne d’eux, pas seulement par leur nombre, mais aussi par leur nom, leur visage, leur destin.
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Par Yunnes Abzouz, Rachida El Azzouzi, Margaux Houcine, Donatien Huet, Prisciana Le Meur, Gwenaëlle Lenoir, Jean-Claude Simpson, Simon Toupet, Justine Vernier et Khedidja Zerouali
Publié le 11 février 2024 · Actualisé le 26 août 2025
25/08/2025209. Hassan DouhanVoir le résumé
Le 25 août 2025 au soir, Hassan Douhan a été tué par les tirs de l’armée israélienne alors qu’il se trouvait dans une tente de déplacé·es dans le village d’Al-Mawasi à Khan Younès, dans le sud de l’enclave.
Hassan Douhan était journaliste pour le quotidien palestinien Al-Hayat Al-Jadida. Il était titulaire d’un doctorat sur l’étude des médias, et s’était spécialisé dans les nouveaux médias et dans le journalisme d’investigation. Il avait enseigné le journalisme à l’université de Palestine, située à Gaza.
Un an plus tôt, en août 2024, sa maison, située dans le quartier résidentiel de Hamad City à Khan Younès, avait été détruite par des bombardements de l’armée israélienne. Lors de l’invasion de ce quartier, le fils de Hassan Douhan, Youssef, avait été enlevé par l’armée israélienne.
Le matin du jour de la mort de Hassan Douhan, deux bombardements sur l’hôpital Khan Younès avaient tué cinq journalistes. Quelques heures avant, Hassan leur avait rendu hommage sur les réseaux sociaux. Il écrivait à leur propos : « Martyrs de la vérité et de la transmission de la vérité, de la parole, du son et de l’image. Martyrs du devoir national et du journalisme. »
25/08/2025208. Ahmed Abou AzizVoir le résumé
Le 25 août 2025, l’armée israélienne a attaqué l’hôpital Nasser, situé à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Un drone israélien a d’abord bombardé le toit de l’hôpital. Des témoins ont indiqué à Al Jazeera qu’un second bombardement avait eu lieu après que des secouristes, des journalistes et d’autres personnes se furent précipités sur le lieu de l’attaque initiale. Au total, ces bombardements ont tué au moins vingt personnes, dont cinq journalistes et un secouriste, selon les autorités sanitaires palestiniennes.
Parmi les journalistes, Ahmed Abou Aziz, un indépendant qui collaborait avec le média numérique Quds Feed. Il est le dernier journaliste à avoir été tué, succombant à ses blessures après le deuxième bombardement.
Dans un post Instagram, ses collègues lui ont rendu hommage. « Quds Fed Network pleure son journaliste Ahmed Abou Aziz. Le cher collègue, vertueux, serviable et distingué, qui portait la douleur des gens avec sa plume et ses paroles, s’est élevé aujourd’hui en martyr. […] Avec son départ, on ne perd pas seulement un collègue, mais aussi un cœur qui était toujours présent, un sourire malgré la fatigue, et une voix qui a témoigné de la vérité jusqu’au dernier instant. »
25/08/2025207. Moaz Abou TahaVoir le résumé
Le 25 août 2025, l’armée israélienne a attaqué l’hôpital Nasser, situé à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Un drone israélien a d’abord bombardé le toit de l’hôpital. Des témoins ont indiqué à Al Jazeera qu’un second bombardement avait eu lieu après que des secouristes, des journalistes et d’autres personnes se furent précipités sur le lieu de l’attaque initiale. Au total, ces bombardements ont tué au moins vingt personnes, dont cinq journalistes et un secouriste, selon les autorités sanitaires palestiniennes.
Parmi les journalistes, Moaz Abou Taha, qui travaillait en indépendant pour des médias tunisiens et marocains. Il a été tué lors du deuxième bombardement israélien, alors qu’il couvrait avec d’autres journalistes les conséquences de la première explosion.
Diplômé de l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi) de Tunis et chercheur dans le programme de doctorat en sciences de l’information et de la communication de l’institut, son ancienne école lui a rendu hommage. Selon le Syndicat des journalistes palestiniens, Moaz Abou Taha était aussi correspondant pour la radio tunisienne Diwan FM.
25/08/2025206. Mariam Abou DaggaVoir le résumé
Le 25 août 2025, l’armée israélienne a attaqué l’hôpital Nasser, situé à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Un drone israélien a d’abord bombardé le toit de l’hôpital. Des témoins ont indiqué à Al Jazeera qu’un second bombardement avait eu lieu après que des secouristes, des journalistes et d’autres personnes se furent précipités sur le lieu de l’attaque initiale. Au total, ces bombardements ont tué au moins vingt personnes, dont cinq journalistes et un secouriste, selon les autorités sanitaires palestiniennes.
Parmi les journalistes, Mariam Abou Dagga, était photojournaliste indépendante. Elle collaborait principalement avec l’agence américaine Associated Press, ainsi qu’avec le média Independant Arabia, version arabe du British Independent. Elle a été tuée lors du deuxième bombardement israélien, alors qu’elle couvrait avec d’autres journalistes les conséquences de la première explosion.
La journaliste relatait régulièrement la situation de l’hôpital Nasser, où elle traitait récemment des efforts des médecins pour sauver les enfants de la famine. « Mariam est un exemple de dévouement et d’engagement professionnel depuis ses débuts à Independent Arabia, a réagi la rédaction. Elle a emmené sa caméra au cœur du terrain, transmettant les souffrances des civils et les voix des victimes avec une honnêteté et un courage rares. Tout au long de sa courte mais remarquable carrière, elle a incarné l’image d’une presse libre déterminée à diffuser la vérité, quels que soient les défis et les risques. »
Mariam Abou Dagga avait 33 ans et laisse derrière elle son fils de 12 ans, Ghaith, qui avait été évacué au début de la guerre. « Il est tout pour moi et ma bénédiction. Il est ce qui m’anime et me rend heureuse. Ô Dieu, je te confie sa vie, sa santé et son bien-être », écrivait-elle sur son compte Instagram il y a quelques semaines. Mariam Abou Dagga était restée à Gaza pour continuer à documenter la situation.
25/08/2025205. Mohammad SalamaVoir le résumé
Le 25 août 2025, l’armée israélienne a attaqué l’hôpital Nasser, situé à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Un drone israélien a d’abord bombardé le toit de l’hôpital. Des témoins ont indiqué à Al Jazeera qu’un second bombardement avait eu lieu après que des secouristes, des journalistes et d’autres personnes se furent précipités sur le lieu de l’attaque initiale. Au total, ces bombardements ont tué au moins vingt personnes, dont cinq journalistes et un secouriste, selon les autorités sanitaires palestiniennes.
Parmi les journalistes, Mohammad Salama était photojournaliste et caméraman pour Al Jazeera. Il a été tué lors du deuxième bombardement israélien, alors qu’il couvrait avec d’autres journalistes les conséquences de la première explosion.
Il avait longuement documenté les bombardements à Khan Younès, ainsi que les massacres lors des distributions d’aide alimentaire dans le sud de Gaza.
L’année dernière, Mohammad a épousé une autre journaliste palestinienne, Hala Ben Asfour. Sur son compte Instagram, il avait partagé des images de leur mariage, accompagnées d’un message de tendresse : « Malgré la guerre, la détresse et l’anxiété qui nous ont frappés, nous sommes la sécurité l’un de l’autre, même si la peur nous entoure. Nous sommes ceux qui ont parcouru des chemins périlleux ensemble jusqu’à atteindre le point qui nous unit à jamais : le mariage. »
Quinze jours avant sa mort, Mohammad et sa femme avaient lancé une cagnotte pour subvenir à leurs « besoins de base ». Le couple couvrait les conséquences de la famine sur les habitantes et habitants de Gaza, dont ils étaient eux-mêmes victimes. Ils venaient, tous les deux, de terminer une série de reportages vidéo sur les médecins venus travailler à Gaza en plein génocide.
Dans leur communiqué, Al Jazeera a condamné l’attaque contre son journalistes ainsi que ses confrères et consœur comme « une intention claire d’enterrer la vérité ». « Le sang de nos journalistes martyrs à Gaza n'a pas encore séché que les forces d’occupation israéliennes ont commis un autre crime contre le caméraman d’Al Jazeera Mohammad Salama, ainsi que contre trois autres photojournalistes », a déclaré la chaîne. Hind Khoudary, l’une des dernières journalistes pour Al Jazeera présentes dans la bande de Gaza, a elle aussi réagi à sa mort : « Combien de fois allons-nous continuer à rapporter le meurtre de nos collègues ou celui d’autres journalistes travaillant pour Al Jazeera et d’autres médias ? »
25/08/2025204. Hussam al-MasriVoir le résumé
Le 25 août 2025, l’armée israélienne a attaqué l’hôpital Nasser, situé à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Un drone israélien a d’abord bombardé le toit de l’hôpital. Des témoins ont indiqué à Al Jazeera qu’un second bombardement avait eu lieu après que des secouristes, des journalistes et d’autres personnes se furent précipités sur le lieu de l’attaque initiale. Au total, ces bombardements ont tué au moins vingt personnes, dont cinq journalistes et un secouriste, selon les autorités sanitaires palestiniennes.
Parmi les journalistes, Hussam al-Masri, caméraman pour l’agence de presse internationale Reuters. Reuters rapporte que le journaliste animait un live en direct de l’hôpital, qui s’est arrêté au moment du premier bombardement. Selon les premières informations, Hussam al-Masri aurait été alors tué dans ce dernier.
« Nous sommes dévastés d’apprendre la mort de Hussam al-Masri, un employé de Reuters, et les blessures d’un autre de nos employés, Hatem Khaled, lors des frappes israéliennes sur l’hôpital Nasser à Gaza aujourd’hui », a déclaré Reuters dans un communiqué.
« Nous sommes dévastés d’apprendre la mort de Hussam al-Masri, un employé de Reuters, et les blessures d’un autre de nos employés, Hatem Khaled, lors des frappes israéliennes sur l’hôpital Nasser à Gaza aujourd’hui », a déclaré Reuters dans un communiqué.
« Nous sommes dévastés d’apprendre la mort de Hussam al-Masri, un employé de Reuters, et les blessures d’un autre de nos employés, Hatem Khaled, lors des frappes israéliennes sur l’hôpital Nasser à Gaza aujourd’hui », a déclaré Reuters dans un communiqué.
Hatem Khaled, photojournaliste travaillant lui aussi pour Reuters et collègue de Hussam, a été blessé dans le deuxième bombardement. Il a pourtant publié, quelques heures après, des clichés sur lesquels on peut voir l’équipement utilisé par Hussam, ainsi que des secouristes récupérant le corps de ce dernier, enveloppé dans un linceul.
Quelque temps avant sa mort, Hussam al-Masri s’était filmé, paraissant à bout de force après les derniers bombardements de son quartier. « Il y avait ma maison, […] ma vie, et la vie a pris fin après le bombardement par les forces d’occupation. Où sont les maisons ? […] Les enfants ? […] Les gens qui vivaient ici ? »
18/08/2025203. Marwa MusallamVoir le résumé
Le 5 juillet, Marwa Musallam, journaliste, et ses deux frères, Moataz et Montaser, étaient chez eux lorsqu’une bombe israélienne a visé une maison adjacente à la leur, dans le quartier d’Al-Sha’af, à l’est de la ville de Gaza. Le bâtiment a été rasé, et tous les trois ont été ensevelis sous les décombres.
Leurs proches perdent alors le contact avec Marwa une première fois, et la fratrie est présumée morte, jusqu’à ce que leurs ami·es reçoivent des tentatives d’appels téléphoniques, d’abord de Marwa, puis de ses deux frères.
En réponse, le Syndicat des journalistes palestiniens a organisé une action le 29 juillet devant le Centre de solidarité des médias de la ville de Gaza, appelant à son secours. Le syndicat a également exhorté le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha) à autoriser la Croix-Rouge et les forces de défense palestiniennes à intervenir afin de secourir la journaliste. Une intervention rendue impossible par les bombardements et tirs israéliens.
Ce n’est que quarante-quatre jours plus tard, le 18 août, que des équipes ont pu se rendre sur place. Son corps et ceux de ses deux frères, déjà en décomposition, ont été découverts sous les décombres.
Marwa Musallam avait 29 ans, elle était journaliste pour la radio locale Al-Shabab (« jeunesse ») et y animait l’émission matinale quotidienne, ainsi que d’autres émissions traitant des conditions de vie à Gaza.
18/08/2025202. Islam al-KoumiVoir le résumé
Le 18 août, lors d’une avancée nocturne dans le quartier d’Al-Sabra, au sud de la ville de Gaza, l’armée israélienne a lancé des frappes de drones et des tirs d’artillerie pour encercler la zone, et notamment une clinique et une école de l’Unrwa, l’agence de l’ONU pour les réfugié·es palestinien·nes.
Le journaliste Islam al-Koumi et son fils ont été tués lors du bombardement de leur maison. Islam al-Koumi était rédacteur et créateur de contenu pour plusieurs médias.
11/08/2025201. Mohammed al-KhaldiVoir le résumé
Le 10 août, vers 23 h 20, une frappe de drone israélienne a visé la tente du personnel d’Al Jazeera à l’hôpital Al-Shifa, tuant six journalistes, dont Mohammed al-Khaldi.
Le journaliste, grièvement blessé, a été emmené à l’hôpital mais a succombé à ses blessures quelques heures après l’attaque.
Mohammed al-Khaldi produisait principalement des vidéos et des vlogs, sur YouTube et sur les réseaux sociaux. Il collaborait aussi avec le média Sahat.
« Ce jeune homme créatif essayait de transmettre la douleur de Gaza et la souffrance de son peuple à travers le son, l’image, les mouvements et l’humour », écrivait sur le réseau social X le journaliste palestinien et ancien correspondant de la BBC Fayed Abushammalah.
10/08/2025200. Moamen AliwaVoir le résumé
Le 10 août, vers 23 h 20, une frappe de drone israélienne a visé la tente du personnel d’Al Jazeera à l’hôpital Al-Shifa, tuant six journalistes, dont Moamen Aliwa. Il avait 23 ans.
Il était journaliste indépendant et collaborait régulièrement avec Al Jazeera, principalement en tant qu’assistant caméraman de Mohammed Qraiqea, tué lors du même massacre.
Son frère, Mahmoud Aliwa, lui aussi journaliste, lui a rendu hommage sur son compte Instagram. « Après vous avoir perdu, toi et mes collègues, je ne peux plus me relever. Ton départ me brise le cœur. »
10/08/2025199. Mohammed NoufalVoir le résumé
Le 10 août, vers 23 h 20, une frappe de drone israélienne a visé la tente du personnel d’Al Jazeera à l’hôpital Al-Shifa, tuant dix journalistes, dont Mohammed Noufal. Il avait 28 ans et était un des journalistes de la chaîne qatarie.
Mohammed Noufal était connu pour sa couverture du terrain, se déplaçant entre les fronts de bombardement, les couloirs des hôpitaux et les camps de déplacé·es.
« Sa présence apportait réconfort et bonheur à tous ceux qu’il rencontrait. Toujours souriant, il dégageait une nature virile qui vous donnait un sentiment de sécurité et de confiance », a raconté le journaliste palestinien Imad Zakour sur X après sa mort.
Mohammed Noufal avait survécu à un bombardement israélien qui avait touché la maison familiale en octobre 2023. L’armée israélienne avait ensuite tué son frère Omar. Fin juin 2025, sa mère avait à son tour été tuée par des éclats d’obus d’artillerie israéliens.
Sa sœur, Janat, a raconté à Al Jazeera le drame d’une famille : « Quand mon frère aîné Omar est décédé, nous avons entendu notre père gémir et dire : “Tu m’as brisé le dos, ô Dieu.” Lorsque nous avons perdu ma mère Muneera, mon père a dit d’une voix rauque : “Nous avons été frappés.” Lorsque mon frère Mohammed, le journaliste, a été martyrisé, il n’a rien dit. Il n’a pas crié, il n’a pas pleuré, il n’a pas prononcé un mot. Et c’est là que la peur a commencé à s’insinuer dans mon cœur… Je craignais que son silence ne le brise à jamais. Je craignais son immobilité plus que je ne craignais son chagrin. »
10/08/2025198. Ibrahim ZaherVoir le résumé
Le 10 août, vers 23 h 20, une frappe de drone israélienne a visé la tente du personnel d’Al Jazeera à l’hôpital Al-Shifa, tuant six journalistes, dont Ibrahim Zaher. Il avait 25 ans.
Il était l’assistant caméraman d’Anas al-Sharif, tué dans le même massacre. Ils étaient aussi des amis proches.
Sur le réseau social X, un autre journaliste palestinien, Imad Zakout, a rendu hommage à Ibrahim Zaher, en racontant son parcours. Après des études en soins infirmiers, il se réoriente vers le travail journalistique, motivé par l’urgence de documenter le génocide : « Anas et moi lui avions demandé d’apprendre le montage vidéo pour produire des séquences visuelles pour les travaux médiatiques d’Anas. Il s’est alors tourné vers YouTube, a appris le montage par ses propres efforts et avec une grande détermination, jusqu’à le maîtriser en un temps record. »
En plus de son travail de journaliste, Ibrahim était également ambulancier bénévole.
10/08/2025197. Mohammed QraiqeaVoir le résumé
Le 10 août, vers 23 h 20, une frappe de drone israélienne a visé la tente du personnel d’Al Jazeera à l’hôpital Al-Shifa, tuant six journalistes, dont Mohammed Qraiqea. Il avait 33 ans, une femme et trois enfants.
Originaire d’Al-Shujaiya, à l’est de la ville de Gaza, Mohammed Qraiqea était l’une des voix les plus influentes de Gaza. Il était le correspondant principal de la chaîne à Gaza, après l’assassinat d’Ismail al-Ghoul par Israël, le 31 juillet 2024. Il a joué un rôle clé dans la documentation des crimes et des conditions de vie en Palestine, grâce à des reportages en direct. Avant de rejoindre Al Jazeera, Mohammed Qraiqea a travaillé pour plusieurs médias locaux, dont la radio Al-Aqsa. Sur les réseaux sociaux, les messages d’hommage se sont multipliés. « Vous n’entendrez ni ne verrez plus le puissant journaliste aux messages sublimes, à la voix mélodieuse, au langage correct et au discours éloquent », a écrit à son sujet le blogueur Ahmed Safi sur le réseau social X.
Un an plus tôt, le 19 mars 2024, c’est au même endroit que sa mère, Nima, 65 ans, est décédée, lors du siège de l’hôpital Al-Shifa. Le journaliste avait raconté avoir reconnu le corps de sa mère, enseveli sous les décombres, grâce à ses ongles.
Comme beaucoup de Palestinien·nes, le journaliste a connu de nombreux drames familiaux. Après sa mère, vingt-sept de ses proches ont été tués par le bombardement israélien de leur maison située à Gaza, dans la nuit du 18 mars 2025.
10/08/2025196. Anas al-SharifVoir le résumé
Le 10 août, vers 23 h 20, une frappe de drone israélienne a visé la tente du personnel d’Al Jazeera à l’hôpital Al-Shifa, tuant six journalistes, dont Anas al-Sharif. Il avait 28 ans. Israël a revendiqué son assassinat, l’assimilant, sans fournir de preuves tangibles, à un chef de cellule du Hamas.
Anas al-Sharif était un des visages les plus connus de Gaza. Reporter pour la chaîne qatarie Al Jazeera, il témoignait, sur des millions d’écrans dans le monde arabe, des massacres israéliens qui dévastent le petit territoire palestinien depuis plus de vingt-deux mois. Casque sur la tête et gilet pare-balles enserrant sa frêle silhouette, il avait choisi de rester dans le nord de Gaza après le 7-Octobre.
Il avait filmé et commenté des centaines de bombardements, l’invasion israélienne aux allures de nettoyage ethnique dans le camp de Jabalia et au nord de la ville de Gaza à l’automne 2024. Il avait documenté la faim et l’épuisement des Palestinien·nes, qui avaient fini par l’atteindre lui aussi.
« J’ai vécu la douleur dans tous ses détails, j’ai goûté à la souffrance et à la perte de nombreuses fois, écrivait Anas al-Sharif en avril. Puisse Allah témoigner contre ceux qui sont restés silencieux, ceux qui ont accepté notre massacre, ceux qui ont étouffé notre souffle et dont les cœurs sont restés insensibles devant les restes éparpillés de nos enfants et de nos femmes. »
24/07/2025195. Adam Zakaria Abou HarbidVoir le résumé
Adam Zakaria Abou Harbid était cameraman, il avait travaillé pour la chaîne al-Quds et s’était engagé plus récemment auprès d’une agence de services aux médias palestinienne, Fact News for Media Production, alimentant en images et sujets complets des médias internationaux comme Reuters, Al-Jazeera ara be et anglais, Al-Ghad TV, Al-Arabiya.
Adam, aîné d’une fratrie de 10, avait décidé de marcher dans les pas de son père, Zakaria Abou Hardib, lui aussi cameraman, lui aussi couvrant inlassablement les news à Gaza, dans toutes les circonstances, jusqu’à une grave blessure.
Lui, sa femme, ses trois enfants, ses frères et sœurs, avaient dû quitter leur immense maison familiale construite au milieu d’un verger à Beit Hanoun au début de la guerre. Ils étaient déplacés depuis dans le quartier de Yarmouk, à Gaza ville, et Adam continuait son métier.
Le 24 juillet dans la soirée, un bombardement a visé la zone de tentes où Adam et sa famille, une de ses sœurs et un des ses frères, leurs conjoint·es et leurs enfants vivaient. Adam a été tué sur le coup, ainsi que son beau-frère. Sa femme est grièvement blessée, sa sœur Heba et son frère Yahya se trouvent, encore à ce jour, dans des états critiques.
« Adam était un grand professionnel. Il a tenu couvrir les news et informer le monde jusqu’à la dernière seconde de sa vie », assure son père Zakaria à Mediapart.
30/06/2025194. Ismail Abou HatabVoir le résumé
Il aurait pu quitter Gaza, il a choisi de rester. En octobre 2024, Ismail Abou Hatab, souffrant encore de blessures infligées un an plus tôt par une bombe israélienne, l’expliquait simplement : « Je crois que j’ai été créé pour une raison dans cette vie. Je possède des compétences en cinéma et en narration qui me permettent de partager la vérité. »
Photographe, réalisateur de documentaires, artiste… Ismail Abou Hatab usait de tous les outils à sa disposition pour raconter Gaza, sa beauté et ses drames. Le 30 juin, il s’était rendu au café Al-Baqa. Situé sur la plage depuis plus de quarante ans, l’endroit était prisé des jeunes actifs puisqu’il permettait encore un accès à Internet. Ismail Abou Hatab y a été tué avec une vingtaine d’autres civils. La dessinatrice Frans al-Salmi, la boxeuse Malak Mesleh et l’ingénieur Mohammed Abou Awda sont aussi mort·es sur le coup.
Ismail Abou Hatab avait 33 ans et une tonne de projets en cours. Selon Le Monde, « ce jour-là, il devait envoyer une vidéo de présentation pour ses prochaines expositions à Chicago et à Londres. La veille, il avait demandé à sa mère si sa barbe était trop longue ». Sa mère lui avait conseillé d’écourter sa barbe, il l’avait écoutée.
Courant juin, Ismail Abou Hatab avait publié une vidéo à la terrasse du café, où le bruit des vagues et celui des bombes se mêlaient, avec pour commentaire : « Les forces navales israéliennes ont ouvert le feu sur le littoral de Gaza, visant la zone portuaire dans un contexte d’escalade militaire continue. Cette attaque survient alors que les civils tentent de survivre au quotidien sous le siège. Des panaches de fumée s’élèvent désormais au-dessus du port, autrefois un rare espace de respiration et d’évasion. »
Désormais, son travail parle à sa place. Cet été, ses photos ont été exposées à Chicago et à Londres. Sa dernière exposition, « Entre le ciel et la mer », raconte « le déplacement forcé de milliers de familles pendant la guerre », celles « de Gaza qui ont marché pendant des jours sous les bombardements, portant leurs enfants, leurs souvenirs et leur dignité à travers les débris et l’incertitude ».
09/06/2025193. Moamen Abu AloufVoir le résumé
Photographe et journaliste indépendant, Moamen Abou Alouf a été tué par une bombe israélienne tombée sur le quartier d’Al-Tuffah, alors qu’il couvrait des opérations de secours. Selon plusieurs sources concordantes, des ambulanciers ont aussi été tués. En plus de son rôle de journaliste, Moamen Abou Alouf se portait régulièrement volontaire pour aider les ambulanciers de Gaza et documenter leur travail.
Depuis son compte Instagram, il couvrait aussi la famine, les corps déchiquetés, les vies et les familles brisées. « Il a été tué alors qu’il accomplissait sa noble mission, celle de documenter ce que le monde tente d’occulter et de révéler ce que les assassins cherchent à cacher, se souvient son ami Wissam Shabat. Il ne combattait pas avec des armes, mais avec des mots et des images, et il était en première ligne. »
Audrey Azoulay, directrice générale de l’Unesco, a aussi condamné le meurtre du journaliste, avant de demander « l’ouverture d’une enquête approfondie ».
Depuis la mort du journaliste, sa mère, Noora al-Atal, a gardé précieusement son gilet « Press » et continue de nourrir le compte Instagram de son fils : « Je continuerai de poster ses vidéos sur sa page. On continuera ce qu’il a commencé. Si Dieu le veut. »


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